30 sept. 2014

Ambition démesurée

Combien de terre faut-il à un homme ?
Anneline Heurtier, Raphaël Urwiller,
Eds Thierry Magnier, 2014.
à partir de 9 ans.

D'après une nouvelle de Tolstoï.

© illustré par Urwiller R., Eds Thierry Magnier, 2014.

Je suis ravie de vous présenter cet album au format à l'italienne inspiré d'une nouvelle de Tolstoï et dont le récit se déroule en Russie.
Il s'agit d'un conte sur la cupidité, la bêtise humaine et la folie des hommes.

Un paysan de l'ouest sibérien vit en famille, avec sa femme et ses trois enfants. Il ne manque de rien, loin de là, et pourtant il désire toujours plus... Posséder une vaste terre fait partie de son ambition et pour ce faire, sur les conseils d'un marchand, il décide de partir au pays des bachkirs là où la terre est fertile et donnée pour une bouchée de pain. Bien sûr, le paysan est certain qu'il va y trouver son bonheur. Alors, il part et rencontre le chef du campement. Celui-ci semble habitué à ce genre de demande et lui propose un marché : faire le tour du paysage en une journée de marche. Là où il ira, la terre lui appartiendra. Le paysan, déterminé, relève le défi, mais avec beaucoup trop de gourmandise et d'avidité. Il va au bout de ses forces pour obtenir toujours plus de parcelles. À son arrivée - comme prévue, au soleil couchant - il s'écroule de fatigue et le nez au sol, face aux bottes du chef, ses poumons offrent leur dernier souffle. Il meurt.

En somme, il s'agit d'un conte philosophique dont la morale est forte bien que plutôt sombre, voire  même difficile à comprendre par des enfants. Le mien m'a tout simplement posé la question du pourquoi en faisant des efforts, l'homme pouvait y perdre sa vie ! Un paradoxe qui a 7 ans ne trompe pas. En vérité, la leçon à retenir est qu'il est parfois préférable de se contenter de ce que l'on a (en tout cas, il est préférable d'évaluer les tenants et les aboutissants avant de le regretter ou de trop espérer). La sagesse est une quête pour certains, une question existentielle pour d'autres.

Cependant, cette histoire est absolument magnifique et ô combien prenante, j'ai été emportée par les mots de l'auteure et intriguée par les illustrations - très particulières - de l'illustrateur, d'ailleurs, il semblerait bien que Raphaël Urwiller soit un passionné d'estampes et d'imagerie populaire (voir son travail sur le site icinori, un duo artistique partagé avec Mayumi Otero).

L'ensemble est vraiment intéressant, aussi bien graphiquement parlant, qu'au niveau du rythme et/ou du sens du texte. À découvrir sans plus attendre.