9 déc. 2009

Eloge à la oisiveté

Je mange, je dors, je me gratte, je suis un WombatBruce Whatley, Jackie Frech, Ed. Albin Michel Jeunesse, 2005. 
Dès 3 ans.


« Sieste, sieste... Ai mangé de l'herbe, me suis gratté, ai mangé des carottes ». Le wombat, gros mammifère marsupial de la taille d'un ourson est originaire d'Australie et de Tasmanie. Son nom lui a été donné par les aborigènes.

Une semaine dans la vie d’un wombat. C’est court certes, mais très répétitif. Voilà ce que l'auteur de cet album propose de vivre, ou plutôt de lire à nos enfants. Ce petit animal australien, rond et mignon comme un ourson, invite le jeune lecteur dans son intimité simplement résumée entre manger, creuser, se gratter et faire dodo. On s’attache très vite à son côté indolent et gourmand. Si vite que l’on ne se rend même pas compte que la semaine est finie !
La suite du Wombat sera publiée en Mars 2010, même éditeur, sous le titre de "Je joue, je saute, je creuse, je suis un bébé Wombat" (Bruce Whatley).

Gros coup de coeur !


Yoon comme un garçon, Lee Hyun-young, Ed. Chan-Ok, 2007. 
A partir de 3 ans.

Traduit du coréen par Yun-hee Véran et Hélène Charbonnier



Pour Yoon, la rentrée des classes s’avère douloureuse. Ses nouveaux camarades et même sa maîtresse la prennent pour un garçon. Le soir, à la maison, Yoon est bien malheureuse. Elle s’interroge sur son apparence devant le miroir, essaie les affaires de maman, puis déniche dans celles de sa grande sœur un joli foulard et deux mèches de cheveux bouclés. Car Yoon est bien déterminée, demain, à l’école, elle lèvera toute ambiguïté !

L’auteure-illustratrice, Lee Hyun-young est née en 1980. Licenciée en beaux arts à l’université Ihwa, elle a étudié l’illustration à l’école de Hankook illustration. Actuellement elle prépare une maîtrise de l’éducation de beaux arts à l’université Ihwa. Elle essaie de traduire ses souvenirs d’enfance avec des illustrations pleines de fraîcheur. Cet album est son premier titre publié.

8 déc. 2009

La bonne maîtrise de l'espace

Des artistes ont trouvé assez naturel de s'adresser aux enfants par le biais si évident des albums de coloriage. C'est en expérimentant lui-même l'espace de la page que l'enfant prend conscience des vides et des pleins, du contour, de l'importance du blanc, des marges. 
La tradition n'est pas française, Maurice Denis avec Premiers Paysages (1912), Le Père Castor dans les années 30 avec Hélène Guertik, Ah ! La belle journée ! en 1934 ; Nathalie Parain a qui l'on doit Crayons et Ciseaux (1931). Ces ouvrages ainsi que les livres d'anticoloriage de Susan Striker et Edward Kimmel parus dans les années 70... Keith Haring en 88 avec Nina's Book of Little Things ; Andy Warhol avec Coloriages...

Voici deux petites références que nous apprécions ici :

- Afrique coloriage, collectif, Edition RMN, Collection Coloriages Musées de France, 2006.


- Coloriage à peindre animaux de la savane, Collectif, Mila Boutan Eds, 2002.

A vos crayons ;-)

Mémoire visuelle et conception graphique avec Warja Lavater



Warja Lavater peintre Suisse et illustratrice, a publié chez Adrien Maeght éditeur, un étrange petit livre consacré au Petit Chaperon rouge. Elle a remplacé le texte du conte par une longue bande de 4,74 mètres de long, couverte de points. Chaque personnage, chaque élément de décor est représenté par un signe selon un code annoncé en préambule. La bande se replie en accordéon pour former des doubles pages.













C’est ainsi que le petit Chaperon rouge quitte sa mère à la porte de la maison (ci-dessus), ou qu’il rencontre le loup dans la forêt (image ci-dessous). Warja Lavater s’est livrée au même exercice avec Blanche-Neige, Cendrillon ou Le Petit Poucet (selon un principe identique).


"Je suis surtout auteur, et ce que je fais n'est pas de l'illustration, mais une façon de formuler des idées, des pensées. Pour moi, c'est le visible qui induit la pensée. Et la pensée fait son histoire avec ce que l'oeil lui a signalé. Mon vœu est toujours que l'image devienne une écriture et que l'écriture devienne image." 
(Extrait de : Quand les artistes créent pour les enfants - des objets livres pour imaginer, In Le Mook, Les 3 ourses, Autrement, 2008).
Le site de l'éditeur : http://www.maeght.com/editions/default.asp

Warja Lavater a travaillé pendant trente ans à traduire des contes populaires en langage visuel à l'aide de symboles "abstraits" constituant un véritable code. Peintre et lithographe d'origine suissé, née en 1913 (et disparue en 2007), Warja Lavater s'est d'abord formée aux Arts et Métiers de Zurich. Depuis les années 1980, elle a sans doute connu un succès inattendu en France, en particulier parmi le corps enseignant. Depuis son premier livre en 1965, elle est à l’avant-garde de la pratique des jeux de lecture (presque des jeux de rôles).


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Pour prolonger cette lecture autour d'une autre interprétation du conte du Petit Chaperon Rouge, je vous invite à découvrir le travail de la célèbre photographe 
Sarah MOON.

Très souvent cité, depuis le Prix Graphique de la Foire de Bologne en 1985, ce livre a été réédité par Grasset Jeunesse en 2002. 
Par des clichés noir et blanc, mettant en scène une petite fille, seule dans des rues pavées, la photographe joue sur le clair-obscur et les ombres chinoises, donnant une vision les plus originale du célèbre conte.

Lorsque le lien se brise


Je suis là, Maman ! Claude Dagail, Marie Legrand (ill.), La compagnie créative, 2009.

Un petit garçon raconte comment tout allait bien dans sa famille, puis son père et sa mère qui se déchirent, le départ de son père et la lente descente aux enfers de sa mère qui n’arrive pas à surmonter cette séparation...
Face aux blessures et accidents de la vie, toutes les mamans n'ont pas la même force. Parfois, elles croient oublier leurs chagrins et trouver le réconfort dans l'alcool... Un problème social souvent occulté, une belle histoire d'amour et d'espérance entre une maman et son petit garçon. 

Avec pudeur et tendresse, le texte, concis et ciselé à l'extrême, met en évidence les souffrances, les moments d'abattement, mais aussi les silences d'amour profond, la volonté d'en sortir, le courage, l'espoir, la double victoire enfin. Quant aux images, on retrouve la lumière, la matière chaude et puissante de Marie Legrand, qui utilise le ciment, matériau symbolique s'il en est, pour évoquer la solidité du lien entre la maman et l'enfant; ses couleurs tour à tour rappellant les fresques du Quattrocento italien et leurs maternités, ou explosant sur la page, dans des rouges, des jaunes, des bleus en jets luminescents traçant une belle et nouvelle route aux deux héros.

L'histoire : une merveille !


L'ours que personne n'écoutait de Heinz Janisch, Silke Leffler, NordSud, 2009. 
A partir de 4 ans.

Une histoire pleine de bon sens sur la difficulté de communiquer et la tentation de régler les petits problèmes par des biens matériels. Chacun de ces personnages est présenté par sa fonction sociale, ou plus précisément, par sa valeur marchande, et ne s'intéresse qu'à ce qu'il produit. C'est pourquoi ils sont dans l'incapacité d'imaginer que l'ours puisse avoir un besoin différent.
L'ours rencontre huit personnes avec qui il essaie de parler. Coupant court à toute communication, chacun lui propose quelque chose avant qu'il ne termine sa phrase : un chapeau, du miel, un pendentif porte-bonheur, une paire d'ailes, des médicaments...

- J'ai un petit problème, dis l'ours. Je peux...
- Mais bien sûr ! Ne me dis rien, je sais exactement ce dont tu as besoin...
Et pourtant, cet ours a simplement peur du noir, tout seul dans sa tanière. La solitude lui pèse, l'angoisse, il souhaite partager sa vie avec un ami, qu'il rencontrera finalement lorsqu'il quittera la ville. Cet ours là n'a besoin que d'affection.
Ce grand ours timide est très attendrissant, touchant, paré de tous ses accessoires inutiles.


L'illustratrice Silke Leffler est autrichienne, née en 1970, elle est designer textile et crée des articles de papeterie depuis 1998, elle s'est lancée aux Editions NordSud avec son splendide recueil, Contes d'Andersen en 2007.

L'auteur Heinz Janisch est également autrichien, il a publié de nombreux romans et albums pour la jeunesse, traduits dans plus de 12 langues et maintes fois récompensés.

Complicité retrouvée

Comment maman a changé la vie de papa et vice versa
Katarina Grossmann-Hensel, Nord-Sud Eds, 2008. Dès 4 ans.

 Traduit de l'allemand par Anne-Judith Descombey


 Petits, papa et maman étaient très différents. Maman aimait tout ce qui était coloré et en pagaille, tandis que papa rêvait d'ombre et d'étagère bien rangée. Pourtant, un jour, au coin de la rue, ils se cognèrent l'un contre l'autre, et leur vie ne fut plus comme avant...


Voici un autre album sur l'amour et la différence. Le monde de l'homme est dessiné en noir et blanc, le monde de la femme en plein de couleurs. Quand les deux commencent à tomber amoureux, les deux styles commencent à se mélanger. L'histoire est racontée du point de vue de l'enfant.

 
 Katarina Grossmann-Hensel est également l'auteure et l'illustratrice de Mon papa pirate (2009). Elle vit à Berlin avec sa famille mais après 4 années passées à Paris, elle parle parfaitement le français.

aH mËmôMes °o°


Maintenant que tu sais, Anne Crausaz, Ed. MeMo, 2009.

Cette fois, Anne Crausaz nous emmène du côté des sous-bois pour faire connaissance avec un petit champignon un peu grognon, mais tout de même très mignon, bien qu'il possède une très mauvaise réputation. Le champignon rouge à pois blanc, c'est l'amanite tue-mouche, il se raconte à nous le temps d'un album. Il évoque ses pouvoirs destructeurs mais nous demande aussi, à nous lecteurs, de nous approcher un peu pour le regarder vivre d'un peu plus près. Et oui, un bel album sur la différence, sur l'envie d'être ailleurs ou même quelqu'un d'autre. Pourtant, le petit champignon trouve sa place, il est différent mais finalement il est très heureux.
"Tu pensais peut-être que je ne servais qu'à faire peur dans les histoires de lutins et de sorcières, mais je suis précieuse pour la forêt. Alors maintenant que tu sais.... n'oublie pas de me protéger ! "
Les discours d'Anne Crausaz sont, au fil de ses albums sont assez souvent les mêmes : amener l'enfant à observer plus en finesse et en délicatesse la nature et son évolution, le sensibiliser à des existences précieuses afin qu'il sache, le moment venu, les protéger.


Raymond rêve a été publié en 2007. Il a reçu le Prix Sorcières 2009.

Sixième découverte - Pour les Tout-petits

Hum-Hum de Gay Wegerif, 
Editions MeMo, Coll. "Memômes", 2009.  
(livre cartonné) Dès 1 an.

"Hum-Hum... avez-vous vu ma robe ?" demande Princesse à tous ceux qu'elle croise, de la souris au dragon en passant par le lapin et le hérisson... Chacun répondant bien sûr avec son cri (pour info le hérisson fait triii triii triii).

Composées comme des tangrams, ces images déclinent la figure du trapèze dans des couleurs vives imprimées en tons directs. Un livre à lire à voix haute, la chute est très sympa. Une histoire qui ne paye pas de mine mais qui vise juste. 


Au fil des pages, un livreur emprunte différents véhicules pour transporter tout un petit monde : une fontaine, des arbres, une volière, des animaux... Couleurs franches, onomatopées et principe de répétition sont là pour l'enchantement de tous !


 Un album de qualité,  carré et cartonné aux pages épaisses, un univers graphique qui allie éveil, créativité et fantaisie.

Gay Wegerif est une illustratrice hollandaise. Installée depuis l'enfance en Angleterre, elle vit en Cornouailles où elle se consacre à la réalisation de livres pour les petits. Dans le même style : 0000 ! de Gay Wegerif, Editions MeMo, 2009. Son site : http://www.wegerif.co.uk


Un clic sur le titre de ce message pour découvrir l'univers de Gay Wegerif.

Cinquième découverte du salon LPJ


Monsieur R., Mademoiselle B., Carole Chaix, Ed. Frimousse, 2002. Dès 4 ans.

Carole Chaix par ce grand format construit de boule de gomme et de pâte à papier nous parle d'amour et de vie quotidienne. Quand Monsieur range tout, Mademoiselle laisse traîner ses affaires partout. Alors que Monsieur aime le gris et le bleu, Mademoiselle préfère le rose et le violet. Bref, dans cette énumération des petits faits et gestes domestiques, ces deux-là semblent bien différents. Même dans leurs rêves, ils paraissent ne pas se comprendre. Et pourtant... ils s'aiment... et c'est bien là l'essentiel. 
Un album aux milles détails, colorés, drôle et très innovant, j'aime beaucoup !

7 déc. 2009

Quatrième découverte du salon LPJ

La mélodie des Tuyaux
Benjamin Lacombe, 
Ed. Seuil Jeunesse, 2009. 
Dès 7 ans.

Mis en musique par Alex el Rubio et J.-B. Marino.
La mélodie des tuyaux est un conte musical où les mots et les dessins de Benjamin Lacombe trouvent une voix, celle d’Olivia Ruiz.  
Puisque Alexandre est un "bon à rien", il ira travailler dans cette sinistre usine pleine de tuyaux. Mais le destin en a décidé autrement : grâce à la troupe de saltimbanques qui vient d’arriver et à la musique flamenco, Alexandre va trouver sa voie. Avec émotion et poésie, ce magnifique album parle d’ouverture d’esprit face aux préjugés et de révélation de soi. 
 

Extrait :  Des rires familiers le firent sursauter. Il se retourna, 
c'était la bande du gros Louis. 
"Toi aussi, t'es venu au spectacle gratis ! Qu'est-ce que t'as vu ? hurla le gros Louis.
- Rien. Mais qu'est-ce que vous faites ici ? Baissez-vous, vous allez nous faire repérer !
- Oh, ça va, le blondinet !"
Vexé, Alexandre se leva. Une silhouette s'approchait. C'était elle !


Belle histoire d'amour en musique, dans un environnement ouvrier gris, triste et routinier, où d'un coup, vient s'installer un cirque prêt à donner des représentations dans cette ville "maudite".  Les bruits, la vie, mêlés à une ambiance tsigane attisent la curiosité de l'enfant. La fin est très heureuse. Alexandre, garçon timide, est en réalité un personnage peu conformiste, curieux, qui au fond de lui n'a pas envie de finir en vieux garçon résigné... Ainsi, il ne pouvait être attiré que par ces tempéraments de feu et la créativité des gens du cirque.
Lui-même avait un talent caché... quelle belle révélation pour lui et pour ses parents...


La suite est à découvrir au sein de cet album dont les illustrations en pleine page  sont totalement fabuleuses. Elles servent avec brio le récit qui lui, est plutôt prenant, très bien écrit, dans un style entre fiction et réalisme à la Zola ou à la Victor Hugo. L'esprit est là en tout cas.

Benjamin Lacombe est auteur et illustrateur. Né à Paris en 1982, il a suivi une formation artistique à l'ENSAD. Il a signé de nombreux livres tous exceptionnels ! Un véritable artiste  avec un univers fantastique et un indéniable talent de dessinateur et de conteur. A ne pas manquer !
Son site : http://www.benjaminlacombe.com
Son blog : http://benjaminlacombe.hautetfort.com

Un clic sur le titre pour découvrir l'album en vidéo et en musique.

Troisième découverte du salon LPJ


Le Pitou, Michaël Escoffier (auteur), Clément Lefèvre (ill.), Editions Frimousse, Coll. Maxi Boum, 2009. A partir de 2 ans.


Découvrez ce "Pitou" très touchant et attachant, magnifiquement illustré par Clément Lefèvre et ce petit pingouin qui cherche partout son pitou. Mais qui est-il d'ailleurs ce Pitou ?… Qui va pouvoir l'aider ? Le Père Noël bien évidemment !?…
"Dis, tu sais pas où il est mon pitou ? Zé perdu mon pitou."



Le site de Clément Lefèvre : http://nenent.blogspot.com

Celui de Michaël Escoffier : http://michaelescoffier.canalblog.com

Choisir ses vêtements, quelle corvée !

Non-Non n'a plus rien à se mettreMagali Le Huche, Ed. Tourbillon, 2009. Dès 2 ans.
Quand Non-Non sort du lit, il ne sait pas quoi choisir dans sa commode pour s’habiller... plus rien à se mettre. Il s’empresse de consulter ses meilleurs amis sur une nouvelle tenue à adopter. Mais les pulls bio de Bio le grattent, les bottes-du-bout-du-monde de Grouillette lui tordent les pieds, il ne voit plus rien dans le casque de Grocroc... Que faire...
Voir également : Non-non a très faim, paru en 2009.


Magali Le Huche est née en 1979, diplômée des arts décoratifs de Strasbourg. Elle fait régulièrement des ateliers pour enfants. Son album Les sirènes de Belpêchao, chez Didier Jeunesse, a remporté le Prix Sorcière en 2006.

Première découverte du Salon LPJ












Les Editions Chocolat... je ne connaissais pas ! Très bonne surprise avec  
Mon premier cauchemar de Selma Mandine, 2009. A partir de 3 ans.


Dans un monde onirique, un petit garçon avec un bonnet de nuit sur la tête et son pyjama à rayures, nous fait partager son 1er cauchemar... Dans sa chambre, il y a un monstre géant tout en fil et "Momo", le doudou qui a beaucoup de poils sur la tête.
On découvre une page de couleur pourpre sur fond noir, passant au gris-beige des beaux jours, lorsque le petit garçon a soufflé, soufflé si fort sur le monstre qu'il l'a fait sortir de son ventre (la peur). Heureusement, maman arrive et le réveille. A la fin, le petit garçon va couper la crinière de "Momo", car ce sont ses poils qui, en le chatouillant pendant son sommeil, l’ont fait imaginer ce cauchemar tout en fils.


Le site de Selma Mandine en un clic sur le titre de ce message !