Hänsel und Gretel (1812) est un conte de fée allemand, repris par les frères Grimm et auparavant par Giambattista Basile.
Les principaux illustrateurs du conte furent :
Bertall - Gordon Browne - Anthony Browne - Walter Crane - George Cruikshank - Dorothée Duntze - Monique Félix - Attilio Mussino - Franz Graf von Pocci - Lisbeth Zwerger - Sybille Delacroix - Anastassija Archipowa - Joanna Boillat
L'histoire en bref :
Hänsel, un petit garçon, et sa sœur Gretel sont les enfants d'un pauvre bûcheron (ou selon les versions, d'un marchand de balais). Craignant la famine, l'épouse du bûcheron - la mère ou belle-mère des enfants selon... - le convainc de les perdre dans la forêt. Hänsel et Gretel entendent son plan et, recueillant de petits cailloux blancs, marquent le chemin jusqu'à chez eux ; ainsi la tentative de les perdre échoue. Toutefois, la mère pousse le père à réessayer, et cette fois, les deux enfants n'ont que des morceaux de pain à jeter derrière eux. Une fois abandonnés en pleine forêt, ils réalisent que le pain a été mangé par les oiseaux. Ils trouvent une maison en pain (les versions suivantes parleront de pain d'épices) avec des fenêtres en sucre, qu'ils commencent à manger. Ils ne savent pas qu'y habite la sorcière "Massepain", qui attire les enfants avec des friandises pour les brûler ensuite, changés en statuette de massepain. Hänsel est fait prisonnier. La sorcière ordonne à Gretel de tout préparer pour la cuisson afin d´engraisser son frère et chaque jour, la sorcière vérifie s'il est suffisamment gras pour être mangé. Très vite, la sorcière n'en pouvant plus d'attendre décida de manger le frère, la petite Gretel poussa alors la sorcière dans le feu (le four en fonction des versions) et libéra Hänsel. Ils reprirent alors la route en direction de la maison parentale où ils retrouvèrent un père ronger de culpabilité et de chagrin ; la mère était morte!
"Aie confiance, chère petite soeur, et dors tranquille. Dieu ne nous abandonnera pas."
(extrait tiré d'Hänsel et Gretel, illustré par Muriel Kerba, In "Contes. Les Frères Grimm", Editions Lito, 2005).
Ce conte, certainement un des plus forts des Frères Grimm puise dans tous les imaginaires d'un inconscient collectif de l'angoisse. On y retrouve la marâtre, la sorcière (image des parents méchants et frustrants), le sentiment d'abandon, la peur de l'abandon..., la frustration matérielle, la pauvreté ou le rêve d'opulence, l'infanticide (courant au XIXe siècle), le feu et les friandises (plaisir de la bouche, par extension... le sein maternel), tous deux à la fois symboles de douceur et de torture, punissant de toutes désobéissances l'enfant qui s'en approcherait ou en abuserait un peu trop.
Les contes de fées, contrairement à ce qu’on affirme trop souvent, ne traumatisent pas leurs jeunes auditeurs. Ils décrivent une situation inconsciente que les enfants reconnaissent au passage, inconsciemment, là encore ; ils informent des épreuves à venir, des efforts à accomplir. Mais les contes s’achèvent toujours par le succès et le réconfort. L’enfant, en s’identifiant au héros ou à l’héroïne, exige cette fin heureuse.
Bruno Bettelheim, célèbre psychanalyste et pédagogue américain d'origine autrichienne, a choisi pour illustrer son propos, des contes populaires dans le monde entier, dont “Hänsel et Gretel” !
Le postulat qu'il propose en 1976 est donc que le conte de fées exerce une fonction thérapeutique sur l’enfant. En résumé, voici comment B. Bettelheim analyse lui-même ce conte des Frères Grimm.
Le conte commence par une situation très réaliste : les parents sont pauvres et se demandent comment ils vont faire pour nourrir leurs enfants. Il exprime une vérité importante et désagréable, celle que la pauvreté et les privations n’améliorent pas le caractère de l’homme, mais qu’elles le rendent plus égoïste , moins sensible aux souffrances des autres et enclin, par conséquent, à se lancer dans de mauvaises actions. Dans les termes de l’angoisse dominante de l’enfant, Hänsel et Gretel croient que leurs parents méditent de les abandonner, ce qui se traduit par la peur de mourir de faim. La maison de pain d’épice est une image que personne ne peut oublier ! Dans les rêves comme dans les fantasmes et l’imagination de l’enfant, la maison, c’est à dire l’endroit où il vit, peut symboliser le corps, et habituellement, celui de la mère. Ainsi, la maison représente pour l’inconscient la mère bonne qui donne son corps en pâture. Mais, derrière cet abandon sans limites à la gloutonnerie se trouve une menace de destruction. La régression au premier stade “paradisiaque” de l’être _ quand on vit en symbiose avec la mère en buvant la vie à son sein interdit l’individualisation et l’indépendance. Elle met même la vie en danger, comme le montrent les tendances cannibales qui sont personnifiées par la sorcière. Les mauvais desseins de la sorcière amènent finalement les deux enfants à prendre conscience des dangers de l’avidité orale incontrôlée et de la dépendance. Cessant d’être le jouet de leurs instincts, ils font travailler leur intelligence et inventent les ruses qui les sauveront de leur périlleuse situation. Profondément bouleversé de constater qu’elle n’est plus inconditionnellement dévouée à son service, qu’elle devient exigeante et se consacre à ses propres intérêts (quelque chose dont l’enfant, jusque-là, ne voulait pas prendre conscience), il imagine que sa mère ne s’occupait de lui et ne créait un monde de félicité orale que pour le tromper, comme le fait la sorcière de l’histoire.
Sur la fin de l'histoire, la rivière qu’ils doivent passer sur le chemin du retour symbolise une transition et un renouveau qui annonce un palier supérieur de l’existence. Jusqu’au moment où ils doivent passer l’eau, les deux enfants ne se sont jamais séparés. L’enfant d’âge scolaire doit prendre conscience de son unicité personnelle, de son individualité, ce qui signifie qu’il doit cesser de tout partager avec les autres, qu’il doit vivre dans une certaine mesure par lui-même et poursuivre seul son chemin. L’aventure des enfants dans la maison de la sorcière les a guéris de leur fixation orale. Lorsqu’ils étaient dépendants, ils étaient un fardeau pour leurs parents; en revenant avec le trésor qu’ils ont conquis, ils sont le soutien de la famille. Le rôle important que joue Gretel au cours de la délivrance rassure l’enfant en lui montrant que la femme peut être aussi bien secourable que destructive. Il encourage l'enfant à accéder à un plan supérieur de la vie psychologique et intellectuelle.
Cf. Bruno Bettelheim, Psychanalyse des contes de fées, traduction de Théo Carlier, Robert Laffont 1976, rééedition Pocket, 1999.