27 févr. 2010

Et oui, l'enfant affirme sa personnalité au moment des repas...


Le tout tout petit cochon qui avait une très très grosse faim, Martin Auer, Manuela Olten (ill.), Kaléidoscope, 2009. A partir de 3 ans.

Petit Tim déteste les épinards, et c'est justement ce que maman a préparé pour le dîner...Que va bien pouvoir inventer l'enfant pour éviter de les manger sans fâcher sa maman ?
Ce petit garçon ne dit pas "J'en veux pas", "C'est pas bon" ou encore "J'ai pas faim", non, il a bien compris que ce genre d'attaque ne marche pas avec sa maman ! Alors pour échapper à son assiette d'épinards, il invente une drôle d'histoire complètement farfelue, des aventures pleines de cochonneries qui n'en finissent pas (aussi longues que le titre du livre, imaginez un peu...). Petit Tim est bien malin, il arriverait presque à nous écoeurer avec son cochon glouton... c'est à en perdre l'appétit ! 

Extrait : "Après, le tout tout petit cochon est allé au supermarché et il a dévoré toutes les céréales et toutes les pizzas surgelées et tous les poissons panés et toutes les barres chocolatées. Alors, le tout tout petit cochon a grossi et sa grosse faim aussi. Après, le tout tout petit cochon a englouti les emballages en carton de toutes toutes les céréales..."

Toute la clé de cette énigme se trouve en dernière page et c'est peut-être pour ces quelques lignes que nous avons aimé cet album. En effet, elles mettent l'accent sur le côté "manipulateur" du petit enfant faisant aussi de cet album, un livre sur l'opposition et l'affirmation de soi. Ce sont parfois les enfants qui mènent leurs parents par le bout du nez, en voilà un exemple illustré par des images en pleine page, aux couleurs vives et pastels. Ici, la maman n'a pas l'air de culpabiliser plus que cela... je vous laisse en juger par vous-même.

Martin Auer est né en 1951 à Vienne. Acteur, écrivain de pièces de théâtre, musicien, journaliste puis magicien, il se consacre aujourd’hui à l’écriture de livres pour enfants. Il vit en Autriche.

Manuela Olten est née en 1970. Elle a étudié au Technical College de Design d’Offenbach en Allemagne où elle vit toujours et travaille comme illustratrice.

25 févr. 2010

Un album pour l'éducation sans frontières


L'oiseau de Mona, Sandra Poirot-Cherif, Ed. Rue du monde, 2008.
A partir de 4/5 ans.

Mona et ses parents ont fui leur pays en guerre pour s’installer ici, à la Cité des fleurs. À l’école, la vie est belle pour elle. Elle a 8 ans, beaucoup d’amis, fait de la danse... Mais un oiseau noir la suit partout, jour et nuit. Il lui rappelle qu’elle n’a pas les papiers, les bons papiers, pour rester dans ce pays qu’elle aime...


Extrait : Avant, ma tante et ses enfants, ils avaient eux aussi des oiseaux noirs.
Un jour, le facteur leur a apporté des papiers dans une enveloppe
et leurs oiseaux se sont envolés.
Ma tante dit qu’elle a pleuré de bonheur ce jour-là.



L’oiseau, un jour, s’est perché sur son épaule alors qu’elle n’avait que trois ans. Ses parents ont quitté leur pays en guerre. Depuis, l'oiseau ne l'a pas quitté. Il est là pour symboliser les pensées, les idées - noires - de Mona, ses peurs. Il est là et l'empêche de dormir, il tourne autour d'elle, dans sa tête, tel un prédateur. La mise en page rend bien cette précarité et cette simplicité, celle de la vie quotidienne de la petite fille. A droite, des illustrations en pleine page, à gauche, le texte sur une page blanche.

Vous pouvez feuilleter cet album en ligne sur : 

L'auteure et illustratrice Sandra Poirot-Cherif a travaillé sur cet album avec Réseau éducation sans frontières (RESF), après avoir parrainé un enfant sans-papier. L’histoire de Mona est le fruit de cette rencontre avec lui et sa famille, d'une prise de conscience. "Mona" est son deuxième livre chez l'éditeur Rue du monde. Son site en un clic sur le titre de ce message !

Un sujet délicat : le jeu du foulard

Un petit air et puis s'en va, Anne-Zoé Vanneau et Marianne Pasquet (ill.), Ed. Pour penser à l'endroit, coll. "Questions de parents", 2008. A partir de 6/7 ans.

Préface de Françoise Cochet, Présidente de l'APEAS (Association de parents d'enfants accidentés par strangulation).

Tout commence lorsque deux enfants retrouvent un gant dans la cour de récréation. Un gant rouge qui rappelle à Lola son amie Albane. Albane est morte. Morte d'avoir joué. Morte d'avoir voulu toucher les étoiles. Morte d'avoir laissé l'air s'échapper peu à peu de son corps. Un petit air et puis s'en va raconte une histoire triste qui ne devrait pas être vraie.

Voici un album à usage préventif, qui ne peut donc que se concevoir comme un support d'informations à présenter auprès d'élèves, afin de débattre autour de ce jeu mortel. Il a le mérite d'exister ! Les illustrations sont riches de sens aussi bien par les couleurs, les symboles, les images récurrentes et sans détours. Un petit air et puis s'en va nous rappelle que parfois, la vie ne tient qu'à un fil.

Anne-Zoé Vanneau est maman de trois enfants, elle a été révélée en 2004 avec "Il pleut des lettres dans mon jardin" publié par la maison Siloë de Nantes. Le parti pris de l'auteure est de "tirer les enfants vers le haut" en leur apprenant des mots rigolos, en provoquant des rimes surprenantes... Elle a vécu pratiquement 2 ans à Madagascar où elle fut sensibilisée par le problème de la déforestation.

Le blog de l'illustratrice Marianne Pasquet : http://marianne-illustration.blogspot.com/

Un clic sur le titre de ce message pour consulter la site Web de l'éditeur !

24 févr. 2010

Jouons des contes et de la politique

 
Le gentil p'tit lapin, Michaël Escoffier, Eléonore Thuillier (ill.), Kaléidoscope, 2009. A partir de 3 ans.
Quand un gentil p’tit lapin tombe sur une alléchante carotte, qui se frotte les mains ? Le grand méchant loup qui était caché dans le coin. P’tit lapin finira-t-il en pâté ou en civet ? Non, son avenir est encore pire ! Mais attention, le loup, méfie-toi... Un gentil p’tit lapin peut devenir extrêmement malin, au besoin !

Une superbe carotte qui fait « Pouêt ! » quand on la croque ?! Stop... c'est un piège ! Ce p'tit lapin l'a confirmé. 
Qui a peur du grand méchant loup ? Vous verrez, la capture a bien lieu mais cette fois, le loup fait preuve de mercantilisme, il voit un peu plus loin que le bout de son museau et au lieu de manger l'animal comme à son habitude, le loup l'oblige à travailler dans son usine où il fabrique et exporte des pièges à lapins. 
Face à une cadence des plus infernale, les p'tits lapins vont se révolter ; ils mettent alors en place un plan  d'action allant jusqu'à renverser le "boss". Le loup sera ainsi pris à son propre piège... Voilà un p'tit lapin débrouillard, inventif et franchement volontaire avec une bouille drôle et charmante à croquer.
Un album inspiré du monde réel qui cherche à dévoiler les enjeux de l'Histoire en cours., celle du capitalisme La "masse" est vibrante et humaine, elle veut sa part de pouvoir et de gloire, la morale de ce "conte" défend  donc les petits, les opprimés sous forme humoristique et comme on dit : "Un lapin aguerri en vaut deux".



Michaël Escoffier est auteur jeunesse de nombreux albums (tous merveilleux), il est né en 1970, voici son blog pour en savoir plus : http://michaelescoffier.canalblog.com

Eléonore Thuillier est passée du métier de styliste à celui d'illustratrice jeunesse. Elle est née en 1979 et vit actuellement en Tunisie, Le gentil p'tit lapin est son premier album, il a été traduit en allemand et il le sera bientôt en coréen. Je vous invite à consulter sur blog afin de découvrir la suite du p'tit lapin... http://eleillustrations.blogspot.com 


La parole face à la maladie

 

L'oiseau et la bille, Jean-Daniel Lainé et Régis Lejonc, 
Editions l'Edune, coll. "Tabous", 2006. Dès 6 ans.

Atteint du cancer, un enfant se repose dans son jardin. Il observe un oiseau, guetté par le chat de l’enfant. Se remémorant les étapes de sa maladie, il s’aperçoit que s’il fait un geste pour faire fuir l’oiseau, il lui sauve la vie. Que peut-on imaginer de plus cruel et de plus dur qu'un cancer déclaré chez l'enfant ? Ici la maladie est symbolisée par une bille qui grandit avec la peur et l'incompréhension qui l'accompagne. Cet album parle aussi d'espoir ; la majorité des enfants guérissent de leur cancer disent les spécialistes. Mais qui du chat ou de l'oiseau l'emportera ? On ressent à la fin à la fois la dureté de la bille et la légèreté de l'oiseau qui s'envole... Les illustrations à elles seules décrivent très bien notre état d'esprit lorsque le temps se fige et fixe notre histoire dans quelque chose de vide, paralysant notre être  tout entier dans autant de petits instants observés, de questionnements inachevés, de solitude et de tristesse, les images et le texte traitent également de la capacité d'adaptation de l'enfant. Ce lourd fardeau  peut parfois être léger, tout dépend de notre pensée.

Extrait :
"Demain sera beau, quoiqu'il arrive, demain sera beau.
Avec ou sans moi, un oiseau quelque part échappera à un chat. Un autre chat, ailleurs, attrapera un autre oiseau.
Je pense à demain, c'est déjà ça.
Le ciel est bleu."
Cet album s’adresse aussi aux adultes qui veulent parler de la maladie aux enfants (parents, psychologues…).   
Jean-Daniel Lainé est instituteur et animateur musical. Il écrivait jusqu’à présent pour ses élèves. C’est son premier livre.Consultez son blog (http://jeandablog.over-blog.com) au sein duquel l'auteur décrit très bien toute l'aventure de cet album...
Régis Lejonc, auteur et illustrateur, il a publié de nombreux ouvrages chez plusieurs éditeurs (Dans la tête, Rouergue ; Ma voisine est amoureuse, Thierry Magnier ; Hans le balourd, Rue du Monde ; La boîte à joujoux, Didier jeunesse…).
Un clic sur le titre de ce message pour arriver directement sur sa page Web.

23 févr. 2010

Petit bilan "Oeil d'Ailleurs"

A ce jour, environ 250 albums 
vous ont été présentés 
sur ce blog ! 

Vous avez pu y trouver des nouveautés, ou redécouvrir des classiques, des oubliés, des livres rares, de jeunes créateurs ou de petits éditeurs, du genre des contes et des albums pour enfants. 

Tout ceci a été motivé par vos petits messages sympathiques, par nos échanges et tout simplement, grâce à votre présence ici-même. 

alors MERCI à vous !!!

Une invitation au voyage

Litli Soliquiétude, Leblanc Catherine, Thevenet Severine (ill.),  Ed. Où sont les enfants, 2008. Dès 3 ans.

Pour aller vers l'invisible, y a-t-il un chemin ? 

Continuons en poésie avec cet album particulier puisque c'est le premier que nous présentons ici, à être illustré par des photographies. 
Litli veut dire "petit" en islandais et soliquiétude, est un mot hybride entre solitude et quiétude... Sur un fond de ville en noir et blanc, un drôle de bonhomme (en réalité, une petite marionnette) marche toujours sur les mêmes lignes. Un jour, il découvre des couleurs sur un tableau dans sa chambre puis sous ses pas et un peu partout. Alors il part... avec son sac à dos, Litli décide de quitter la ville et marche seul en direction des paysages, des brumes et de la lumière. Il avance pour découvrir ce qu'il ne connaît pas : le monde et d'un coup, toutes les photos deviennent soudainement colorées !!
Litli est rassuré, il a vraiment envie de grandir, grandir... de croquer la vie, il est en accord avec lui-même.
A la fin du livre, dans sa chambre on voit une photo' en noir et blanc sur un mur tout en couleurs. Sa vision sur le monde a changé, son quotidien s'en voit bouleversé. Une très belle histoire !


De manière globale, le texte est court et poétique, la couverture du livre est épaisse et lourde, ce qui met l'accent sur l'aspect "naturel" recherché au sein de cet album. "Litli raconte cette rencontre avec la nature, avec soi, avec l'autre. Litli raconte le passage, la transition, la naissance ou la renaissance" (propos de S. Thevenet).

Catherine Leblanc est née en 1956, elle est psychologue. En plus de ce travail, elle écrit des poèmes, des courtes proses, des histoires pour enfants et depuis peu, des nouvelles et des romans. "Le problème avec les maths" est son premier titre. Son recueil "Des étoiles sur les genoux" a reçu le prix de poésie Jeunesse 1999.


Séverine Thevenet est photographe et marionnettiste, elle a suivi des études d'ethnologie,  inspirée par les mythologies nordiques, le sacré et le chamanisme (ce même "invisible" qu'on retrouve dans Litli Soliquiétude). Ses blogs : http://soliquietude.canalblog.com http://mamieviolette.canalblog.com


Découvrez les planches photos de 'Litli' sur le site de l'éditeur, en un clic sur le titre de ce message.

22 févr. 2010

Au pays des mots et de l'imagination



Ceci est un poème qui guérit les poissons, Jean-Pierre Siméon, Olivier Tallec (ill.), 
Editions Rue du monde, collection "Petits Géants", 2005.
A partir de 6 ans.

Pour guérir Léon, son poisson rouge malade, Arthur doit lui dire un poème. Mais quelqu'un sur cette planète va-t-il être capable d'expliquer à Arthur ce qu'est un poème ? ! La boulangère, le canari, ses grands-parents, le vieux Mahmoud, chacun à une réponse qui ne ressemble à aucune autre ! Poème semble un mot bien mystérieux. Il y a pourtant urgence, c'est tout de suite qu'Arthur a besoin de savoir. Pour sauver Léon.

Extrait : 

- Maman, mon poisson va mourir ! Vite, il va mourir d'ennui, mon Léon. 
Sa maman a regardé Arthur, 
elle a fermé les yeux, 
elle a rouvert les yeux... 
Puis elle a souri : 
- Alors donne-lui vite un poème ! 
Et elle est partie à son cours d'hélicon.


Une histoire à la portée des enfants, aux illustrations colorées où chaque interlocuteur du petit bonhomme proposera une définition qui comporte une dimension poétique, excepté le grand-père qui révèle néanmoins ses aspirations, voire son activité secrète de poète en se réfugiant au fond du jardin. Arthur répètera à son petit animal de compagnie leurs phrases sensibles, inspirées de la vie quotidienne. On comprend donc que le poème ne se définit pas, il est vivant et personnel...
Bon, et alors... d'après vous, Simon l'ami poisson rouge va-t-il être sauvé ? Simon, c'est bien son nom, avait en effet besoin d'une bouffée d'air... Trouver autour de lui tout ce vaste champ de liberté qui lui manquait temps l'a remis sur pieds et bien sûr, cela se confirme, la poésie a des vertus thérapeutiques, c'est indéniable.

Jean-Pierre Siméon, poète, dramaturge a déjà exploré cette problématique de "qu'est-ce qu'une poésie ?" avec l'album Aïe ! Un poète, édité chez Seuil Jeunesse (coll. « Seuil-Crapule », 2003).

Vos garçons vont adorer...

 
Le Chapeau qui rêvait d'être un pirate, Orianne Lallemand, Elodie Coudray, 
Ed. Gautier-Languereau/ Hachette livre, 2008. Dès 3 ans.
Ce chapeau qui rêve d'être pirate en a assez d'être porté par un épouvantail qui ne fait peur à personne. Il décide de changer de tête, mais celles de grand-mère Adélie, grand-père Léon, tante Rose, maman et papa, et le chien Corsaire ne lui conviennent pas. Heureusement, Jules, le petit garçon de la famille, comprend le désarroi du chapeau et se déguise en pirate...


Un album inclassable, où l'originalité prime aussi bien par le format  à l'italienne (paysage) où les pages se tournent de bas en haut, avec des illustrations qui embrassent parfaitement le texte. L'histoire est brève, sur un ton espiègle et vif, le chapeau, en une semaine, va essayer tous les membres de la famille du petit Eliot (le meilleur des pirates), soulignant un trait de caractère propre à chaque personnage. On devine également avec humour, la relation complice entre l'enfant et sa mère. 
Sur la couverture, le chapeau est en bande de feutrine rose, il laisse toute sa place à la douceur et aux rêves...
Extrait : "Vendredi, le chapeau essaya la tête de Maman. Il faut dire que Maman peut vraiment être terrible et sans pitié. Avec une fausse barbe, cela aurait pu marcher."

Blog de l'auteure en un clic sur le titre de ce message.

Leo Lionni revisité

Caméléon bleu, Emily Gravett, Ed. Kaléidoscope, 2010.
Dès 2/3 ans.


Cet album certainement inspiré de Une histoire de caméléon de l'illustre Leo Lionni (L'Ecole des Loisirs, 1975) traite de la même problèmatique : la solitude d'un caméléon ! Mais fort du dicton “Qui se ressemble s’assemble”, l'un se met en quête de l’âme soeur et imite tout ce qu’il rencontre (dans le Caméléon bleu), l'autre rencontre sur le chemin, l'ami, le même que lui, celui qui fait miroir et le comprend (dans Une histoire de Caméléon). Pour le plus grand plaisir du jeune lecteur, le caméléon va se fondre dans la nature et changer de couleur au gré de ses aventures.

Les images, le symbole du caméléon est intéressant puisqu'elles montrent bien la dualité du "personnage" dans l'incapacité d'avoir une identité propre ou sa  propre "couleur".
Extrait de l'album cité de Leo Lionni "Si je reste sur une feuille, je serai vert pour toujours. J'aurai une couleur bien à moi.
L'identité ici semble renvoyer à ce qui est "identique" (semblable). Extrait de Leo Lionni "Nous continuerions à changer de couleur en même temps selon l'endroit où nous serions. Et toi et moi, nous nous ressemblerions toujours." On remarque également que la représentation première du caméléon est altérée par sa rencontre avec l'Autre, sa posture identitaire s'en ressent, elle change, influencé par le discours de l'alter-égo ; l'image de Soi devient dépendante. 
En effet, la nature même du caméléon est dotée de différentes facettes, elle fait peur, c'est peut-être pour cela que ces deux auteurs ont respectivement cherché à la rendre homogène. D'autant qu'à la différence du serpent qui cherche le soleil, le caméléon est quant à lui un animal qui aspire à rester dans l'ombre (on le voit bien à travers les illustrations de ces deux albums). Néanmoins, dans certaine société notamment africaine, au Cameroun par exemple, le caméléon est symbole de résurrection, son oeil mobile est tour à tour symbole de prudence et de savoir. En Côte d'Ivoire, il sera symbole de sagesse car il sait s'adapter aux circonstances... (d'ailleurs dans le livre de Lionni, le deuxième caméléon est selon le narrateur "plus âgé et avec plus d'expériences").
Quelque part, tout ceci est finalement proche des multiples changements opérés durant la petite enfance, incluant la construction du Moi-social et du Moi-individuel.

21 févr. 2010

Représentation de l'argent

Monsieur P'tit sou, Edmée Cannard, Didier jeunesse, 2002.
Dès 3 ans.

Lundi, mardi, mercredi, jeudi... Tiens ! Où est passé le bouton du jeudi ? Monsieur p'tit sou a perdu son bouton. Il part au marché avec trois sous dans son panier. Mais trois sous, c'est vite dépensé...
Extrait : "Moi, monsieur, je vends des bouteilles vides. Dedans vous pouvez tout mettre : les soupirs, les bateaux, les larmes, de crocodiles les grandes déclarations..."

Ce petit monsieur, qui part "sur la route de Paris" afin d'acheter un bouton  pour son long manteau, va se laisser séduire par les marchands et tous les objets qui passeront devant lui... ce, jusqu'à acheter une autruche, c'est dire... les trois petites pièces dans son grand sac se sont volatilisées et, sans argent, plus de bouton du jeudi !
Pour ce premier album, Edmée Cannard (1975) a reçu le prix jeunesse de France Télévision en 2003.
Album intéressant d'un point de vue graphique, fait d'images et de personnages de bric et de broc, de bouts d'papiers, de bouts d'ficelle, de trucs et de machins…une typographie différente à chaque page rend le texte amusant, l'histoire est poétique, je regrette juste que la fin vienne contredire le sens même de toute cette quête : bien gérer ses économies et apprendre à dépenser son argent convenablement .

18 févr. 2010

Affirmation de soi & Hymne à la vie

 
Quand je suis né, Isabel Minhõs Martins, Madalena Matoso (ill.),
Editions Notari, Coll. "L'oiseau sur le rhino", Genève 2009. 
 Dès 4 ans.

Traduit du portugais par Dominique Chauvin-Hiltbrand.
Résumé de l'éditeur : Le rouge d’une cerise, le chant des vagues, les parfums de la forêt, la douceur du sable ou de la peau: chaque chose, pour le nouveau-né, est un univers qui s’ouvre devant lui avec force et beauté. Quand je suis né retrace le parcours de découverte du monde accompli par un enfant dès le jour de sa naissance. C’est lui-même qui nous parle, car il est en âge d’ «appeler les choses par leur nom», d’exprimer par la parole la joie incomparable qu’il ressent à évoluer dans son environnement, guidé par ses cinq sens. Toute la variété du monde est ainsi évoquée à travers le point de vue émerveillé de l’enfant, dont la sensibilité et la curiosité communicatives laissent présager la richesse des expériences à venir. Ce livre célèbre la vie, la magie du corps et des sensations, le bonheur de se développer dans le temps et dans l’espace, le don qui est fait à l’homme de donner du sens à sa présence dans le monde.
© illustré par Madalena Matoso, Editions Notari, 2009.

Le texte est un peu long et pour cause, tout y est : portraits de famille, découverte de la nature, des animaux, du ciel, des nuages, des couleurs, des matières, du goût, des mots, des sons, des odeurs, du "caca", des feuilles mortes, des jeux, du dedans/dehors, du plein/vide, de la marche... un "monde infini".
Cette capacité à arpenter le monde, aide en effet l'enfant à bâtir son estime de soi et l’amène à développer des qualités plus profondes, comme la sympathie, la compassion, la résilience, l’affirmation de soi et l’empathie, de même que la capacité d’affronter la vie ; donnée universelle qui se rencontre partout et pratiquement pour tous. Une lecture très constructive et riche en éveil visuel.


Ce petit dernier des éditions Notari précède Coeur de maman (du même auteur et éditeur - 2009) qui traite de ce fil invisible qui relie l'enfant à sa mère, de cette résonance entre eux, entre leurs émotions. Livre qui adopte le point de vue des mamans pour raconter aux enfants leur affection si particulière. 
L’édition originale Quando eu nasci, publiée par l’éditeur portugais Planeta Tangerina, a obtenu de nombreux prix, en particulier celui de la Casa da Leitura, dans la catégorie illustration. 
Leur blog : http://www.planeta-tangerina.blogspot.com

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Les Editions Notari ont été fondées en 2006 à Genève par Luca et Paola Notari. Leurs publications se répartissent sur deux axes principaux: livres sur l’art et livres pour la jeunesse. Les livres sont choisis en fonction de leur valeur artistique et éducative.

15 févr. 2010

A vos manteaux !

 

Jour de neige, Ezra Jack Keats, Ed. Circonflexe, Coll. "Aux couleurs du temps", 1999.
A partir de 2/3 ans.

 Traduit de l'Américain par Catherine Bonhomme.

Lorsque Peter se réveille ce matin-là, il n'en croit pas ses yeux : tout est blanc dehors, il a neigé ! Se précipitant dans le jardin, le petit garçon découvre alors avec émerveillement la magie de cette drôle de matière, moelleuse et froide, la neige. Trente-six ans après sa publication aux Etats-Unis, où il a remporté la Caldecoit Medal, cet album continue à émouvoir, tant il aborde avec simplicité ce plaisir commun à tous les enfants, celui de la découverte. 

Des illustrations en pleine page, réalisées avec des collages, du papier découpé et de l'aquarelle, des phrases courtes avec deux personnages principaux, une maman et un petit bonhomme noir tout emmitouflé de rouge sur fond blanc, teinté de nuances bleutées et nuageuses. Les visages sont souvent de profil, si bien que l'enfant qui regarde ces images s'identifie très facilement et éprouve les mêmes sensations que Peter : la hauteur des talus de neige, l'étrangeté des traces de pas, la surprise d'un paquet de neige tombant sur le bonnet, la tristesse de constater que la boule a fondu... Une  belle description des petits moments simples de la vie, de beaux souvenirs d'enfant, pour un classique très doux, datant tout de même de 1962.

Le site officiel d'Ezra Jack Keats en un clic sur le titre de ce message !

Pipi-caca... Bon voyage !

Le grand voyage de monsieur Caca
Angèle Delaunois, Marie Lafrance, 
Ed. Les 400 coups, collection "Carrément petit", 2002. A partir de 3 ans.

L'accompagnant-professeur de cette "cacapopée" est un loup qui explique de manière quasi-scientifique, en tout cas, avec beaucoup de pédagogie, à une petite fille que lorsqu'elle mange une pomme, voilà ce qui arrive... C’est le début d’une longue histoire, celle du grand voyage de Monsieur Caca. Un voyage fait de rencontres avec le foie, l'intestin, les globules... On a les bruits, on a le visuel, presque l'odeur. Un album très bien fait, humoristique et coloré, tout en étant très sérieux. Succès assuré auprès des enfants - succès d'ailleurs international, avec des traductions en anglais, en coréen, en espagnol, le livre a même été choisi par le ministère de l’éducation du Mexique pour toutes les écoles mexicaines ! 

Extrait : Des acides et des enzymes modifient la texture des aliments.
Pschiit... Pschitt...
C'est l'usine, tout est transformé en bouillie.

Étonnante usine du système digestif que l’on peut voir à l’oeuvre... il devient presque facile d'expliquer tout ceci à nos enfants. 
 

Une nouvelle version de ce livre a été éditée en 2008, sous le nom Le nouveau voyage de monsieur Caca. Cette fois-ci le trajet va au-delà des toilettes, jusqu’à la station d’épuration pour un retour final au pommier... pour des albums très bien renseignés !

14 févr. 2010

Conte sénégalais savoureux et délirant. Une petite qui n'a peur de rien !

 
Diabou Ndao, par Mamadou Diallo, Vanessa Hié (ill.), Ed. Syros, 
Collection "Albums Paroles de Conteurs", 2008. 
A partir de 3/4 ans.

Diabou Ndao raffole des gnioules, ces petites noix de palmier que l'on casse pour croquer l'amande qui se trouve dedans. Jour et nuit, Diabou Ndao casse inlassablement ses gnioules ! Mais une nuit qu'elle est seule dans la cour de la maison, à se régaler, on entend un lion rugir au loin. "Ce n'est pas un petit lion qui fera courir Diabou Ndao", assure la filette. Pourtant les rugissements ne tardent pas à se rapprocher...
 

Les conteurs ne sont pas sans connaître cette histoire à lire à haute voix !! Un personnage, Diabou Ndao entre Pierre (et le Loup) et Fifi Brindacier... totalement imperturbable et plutôt farceur.

L'histoire de cette petite fille avaleuse de lion est de celle qui ont bercé l'enfance de Mamadou Diallo. Comme de nombreux contes africains, Diabou Ndao puise dans le foisonnement de fantasmes universels, tel celui de la dévoration - souvent associée à la copulation -, dont il joue à loisir. Mais il laisse à chacun le soin d'en décoder, à sa manière, le symbolisme. Dans la version du conte wolof initialement rapporté par Birago Diop (Les nouveaux contes d'Amadou Coumba, Présence Africaine, 1958), l'animal terrifiant qu'affronte Diabou Ndao est un dragon qui finit par ressortir d'elle métamorphosé en lion.

Le conte rappelle que pour braver les adultes, il faut au moins avoir un lion dans le ventre !


Mamadou Diallo est né à Dakar en 1949. Professeur d'éducation artistique, acteur, passionné de littérature orale africaine, Mamadou Diallo, aujourd'hui disparu, s'est fait connaître comme l'un des plus grands conteurs sénégalais. 

Le Blog de l'illustratrice Vanessa Hié en un clic sur le titre de ce message.

12 févr. 2010

Réalisme contre imaginaire et rêverie : la nouvelle vague des livres pour enfants


Anne Fine, ancienne Children's Laureate (de 2001 à 2003), déplore un réalisme trop sombre dans l'actuelle littérature jeunesse, ci-joint un article en anglais, extrait du Times Online (août 2009) :

Anne Fine scrute avec nostalgie le temps des histoires merveilleuses (avec une fin toujours heureuse), elle observe cette tendance pour laquelle de nos jours la réalité dépasserait la fiction, dépeinte de manière quasi-déprimante. Anne se dit préoccupée de ce que cette nouvelle littérature pourra occasionner à l'avenir, ce qui n'est pas partagé par Anthony Browne, actuel Children's Laureate au Royaume-Uni. Selon lui, la littérature jeunesse dispose toujours de cette part d'optimisme, même s'il admet que l'époque se prête plus aux fins sombres.

La question pour ces auteurs est de savoir si les livres plus sombres, ou en apparence, que l'on publie aujourd'hui fournissent des armes aux enfants pour mieux appréhender la société dans laquelle ils vont vivre. Ou si à lire des histoires qui prennent pied dans un contexte sombre, ils ne finiront pas par considérer que la vie est telle que les livres la leur ont présentée.

Prolongement de Copenhague...



La terre s'est enrhumée, Roxane Marie Galliez, Sandrine Lhomme, Ed. Auzou, 2009. 
A partir de 4/5 ans.

Voici le premier album de la collection "Soleil bleu" des Editions Auzou, illustré par Sandrine Lhomme, écrit par Roxane Marie Galliez sur le thème de l'écologie. Oeil d'ailleurs a choisi de vous  le présenter afin de sensibiliser nos enfants aux problèmes liés à la pollution, à l'environnement, bon support pour réfléchir sur les moyens de changer nos gestes au quotidien.

L'histoire : Entre fièvre et éruption de lave, la Terre est bien fatiguée. Une quinte de toux provoque des secousses, elle a de la fièvre et son front est si chaud que la mer est montée de quelques degrés. Elle n’arrive plus à respirer ! Heureusement, un petit garçon a une solution écologique à proposer.

Alors les nuages ont cessé de trembler.
Alors les oiseaux ont arrêté de chanter.
Alors Les avions ont cessé de voler.
Alors les usines ont arrêté de respirer.
Alors les voitures ont cessé d'avancer.
Alors, les hommes, les femmes et les enfants ont écouté.

Ici, la terre est anthropomorphe, coiffée d'un bonnet, elle pleure. Mais, il n'est jamais trop tard pour bien faire et pour tout recommencer...


Alors, les hommes se sont allongés sur le sol pour la rassurer.
Alors, les femmes se sont donné la main pour la bercer.
Alors, les enfants ont ramassé tous les papiers qui volaient.
Sans faire de bruit, sans faire de bruit...

Et... ça a marché, comme le montre la dernière illustration : une explosion de jolies couleurs vives !


Roxane Marie Galliez est présente sur ce blog, Cf. Dans les yeux de Léna, elle a aussi travaillé avec Cathy Delanssay sur Donne moi la lune (2007) et Le murmure des Dieux (2007)
Pour en savoir plus sur l'auteure, voir son site en un clic sur le titre de ce message.

10 févr. 2010

Un silencieux vacarme en soi

 
L'enfant racine, Kitty Crowther, Pastel, L'Ecole des Loisirs, 2003.
A partir de 3 ans.

Comme à son habitude, Kitty Crowther joue sur l'ambivalence des caractères, sur la dualité des personnages. Elle laisse une grande place à l'imaginaire et à l'interprétation du lecteur, il faut lire cet album entre les lignes !

Leslie, c'est une vieille femme seule et sombre, "au dos courbé", qui vit derrière la forêt, presque au bout du monde, un "être redoutable" dira plus tard le Renard. Depuis trois nuits ce renard égorge ses poules, elle part à sa chasse armée d'un fusil, d'un pas décidé  mais elle ne sait pas encore ce qui l'attend... 

 

La végétation est omniprésente dans cet album dessiné aux crayons, nous sommes dans l'univers des contes et légendes de ces bois, la  reine des fées est là pour l'attester ! Alors  la quête initiale de notre héroïne (retrouver le renard) va vite prendre une autre tournure par la découverte de Racine, l'enfant perdu au fond d'une grotte... 
C'est inouï : "elle sent battre son cœur de mère", un instinct jusque là  complètement ignoré, la pousse à vouloir sauver l'enfant, elle souhaite s'en occuper et le recueillir.  Pour autant, à la maison, Racine pose trop de questions : "Pourquoi es-tu toujours seule ?" et oui... ils sont différents, il faudra apprendre à vivre ensemble, lui, l'enfant-racine a perdu ses parents, elle, cette femme étrange, refuse de vivre avec les siens. Pourtant tous deux vivent en marge de la société, Renard, l'animal rusé, l'a bien remarqué, pour cette raison il dira même "elle est un peu des nôtres". 
Leslie est heureuse, elle a retrouvé le sourire. C'est alors qu'arrive la famille de Racine et les retrouvailles... "Leslie bascule dans une immense tristesse", elle va maintenant devoir accepter la séparation et apprendre à renoncer à un être cher ! Et, personne ne sera là pour la soutenir et la consoler. 
Je pense que c'est à cet instant que Leslie découvre qu'elle-même a besoin de prendre racine, ce petit-être portait bien son nom... "Elle part rejoindre les autres. Ceux qui sont comme elle." Leslie a  de nouveau confiance.
Un beau livre sur l'attachement, sur l'importance des liens, qui montre qu'il ne faut pas avoir peur de grandir - à n'importe quel âge - qui insiste sur le besoin d'être rassuré, de se sentir protégé pour pouvoir avancer dans la vie, pour pouvoir aussi s'intéresser à l'Autre et se découvrir soi-même.

9 févr. 2010

De la mémoire des mots fragiles


Mon papa roulait les R, Françoise Legendre, Judith Gueyfier (ill.), 
Ed. Sarbacane, Amnesty International, 2008. 
A partir de 3 ans.

Une jeune fille se revoit petite auprès de son père qui roulait les r, se souvient du téléphone noir où résonnaient les voix de ses grands-parents, des paquets de café qu'on leur envoyait à Noël, des amis venus de toute l'Europe rire et chanter avec eux. Un album sur le vécu intime de l'immigration, mais pas que....
Extrait : "Mon papa m'apprenait à compter avec d'autres chiffres et montrait le nez, la bouche, les yeux avec d'autres mots"
Il ne s'agit pas là d'esthétisation de l'expatriation ou de l'étranger, ni d'exotisme naïf et déplacé, non, cet album nous plonge dans les souvenirs d'une petite fille, dans ce qui a donné cette saveur toute particulière à son enfance, elle décrit ce père différent, attachant, mais finalement dans les difficultés de sa vie d'adulte immigré, vacillant entre déchirures et rejets (les larmes du père coulent dans le livre  - aussi). Un récit au passé, sur la construction d'une femme, à l'image de la dernière page où la belle jeune fille est allongée sur un lit multicolore entourée évidemment de la poupée matriochka et dont la jupe dessine un paysage avec deux individus se tenant par la main (une enfant guidant un homme). La nationalité de cette famille n'est pas précisée, d'Europe de l'Est sans doute.
Cette histoire nous plonge avant tout dans le langage universel du lien et de l'amour paternel. Pour l'enfant, ce pays du père est un mythe tout entier contenu dans son accent, ils en partagent néanmoins le secret, les odeurs, les sensations et l'amour ("J'étais fière qu'il est traversé toute l'Europe"). Les illustrations sont profondes et occupent la double-page du livre, temps suspendu qui laisse entendre que l'enfant peut évidemment arriver à grandir et à se construire sans tomber pour autant dans le "pathos" de l'exil.

Françoise Legendre, auteure et conservatrice du patrimoine et des bibliothèques est née en 1955 à Caen, "de parents qui n'avaient pas le même accent", dit-elle. Cela a sans doute quelque chose à voir avec son goût des langues et des mots. Elle dirige aujourd'hui les bibliothèques du Havre et donne des cours de littérature de jeunesse.

Sa bibliographie :
- "Le petit bol de porcelaine bleue", éd. Seuil, 1996.
- "Jo la Pêche", éd. Père castor Flammarion, 1999.
- "La grosse peur de Jo la Pêche", "Jo la Pêche et les bisons", éd. Père castor Flammarion, 2001.
- "Quartiers d'orange", éd. Thierry Magnier, 2005.
- "Jo la Pêche", recueil de 4 histoires dont une inédite, éd. Père castor Flammarion, 2006.
- "Mon papa roulait les R", éd. Sarbacane, 2008.

8 févr. 2010

Cette mère n'est plus, cette femme non plus...

La croûte, Charlotte Moundlic et Olivier Tallec, Flammarion, 
coll. "Les albums du père Castor", 2009. A partir de 3 ans.


Un petit garçon se réveille un matin et comprend que sa mère malade est morte dans la nuit. Il passe par divers sentiments, sa vie de tous les jours est bouleversée : il est en colère, n'arrive plus à dormir. Et puis comment s'occuper d'un papa qui pleure et qui ressemble à un gant de toilette tout mouillé ?


"Maman est morte ce matin.
Ce n’était pas vraiment ce matin,
papa a dit que c’était pendant la nuit
mais moi , je dormais pendant la nuit,
alors ça ne change rien.
Pour moi, elle est morte ce matin".


Ce petit bonhomme vit donc à présent seul avec son papa, ils vont devoir apprendre à vivre sans elle... mais papa ne sait pas faire "les tartines avec le zigzag de miel" comme sa maman ! et puis "elle n'avait qu'à pas faire d'enfant si c'était pour partir avant la fin du troisième trimestre" se dit ce petit bonhomme.
Avec beaucoup d'émotions, nous partageons les mots de Charlotte Moundlic et les images d'Olivier Tallec, nous entendons la colère, de cet enfant, sa tristesse, sa solitude. Un des plus difficiles moments du livre est lorsque le petit garçon ne veut pas ouvrir les fenêtres parce qu’il a peur que l’odeur de sa maman s’envole (comme elle) et parte à jamais. Et même si sa plaie au genou le fait souffrir, il se souvient de ce que sa maman lui disait quand il se blessait. Il parvient alors à entendre sa voix, sentir son odeur et ses bras qui l'entourent. La Grand-mère, qui va lui expliquer "la mort", va aider le petit garçon à - apprendre à - continuer de vivre… Cet album est sincère et juste, frontal et doux, un coup de cœur évident !





Charlotte Moundlic est directrice artistique à l'Atelier du Père Castor. Mère de deux filles, elle habite aux Lilas (93).


Olivier Tallec est illustrateur, il a suivi les cours de l'École Supérieure des Arts Appliqués Duperré. Il a ensuite travaillé comme graphiste dans la publicité et a voyagé en Asie, puis au Brésil, à Madagascar et au Chili.

Son site : http://www.oliviertallec.fr

Parenthèse avec Mark Ryden (en peinture)

Mark Ryden (Né en 1963) est un peintre surréaliste américain. Il puise son inspiration dans ses souvenirs d’enfance et crée des paysages enchantés aux couleurs pastels, peuplés d'enfants aux allures de poupées perverses, d'animaux aussi mignons que mutilés, et de monstres comiques ou terrifiants. Ryden utilise de nombreuses techniques picturales (graphite, gouache, huile, pistolet).


Ses travaux les plus célèbres sont les pochettes des albums "Dangerous" (1991) de Michael Jackson, "One Hot Minute" (1995) des Red Hot Chili Peppers, "Clear Hearts, Grey Flowers" (2000) de Jack Off Jill, ainsi que la couverture du roman "Désolation" (1996) de Stephen King.




http://www.markryden.com

Une rétrospective de ses créations en vidéo 
en un clic sur le titre de ce message !

L'aider à grandir

Cric, croc, miam ! de Toshio Fukuda, Bayard Jeunesse, 2007 
(livre jeu dès 1 an). 

Traduit du japonais par So Taniuchi.
 
Forcément lorsqu'on découvre cet album, on pense immanquablement à Un petit trou dans une pomme de Giorgio Vanetti (Nathan Jeunesse) ou encore à La pomme et le papillon d'Iela et Enzo Mari (L'Ecole des Loisirs) et à La chenille qui fait des trous d'Eric Carle (Ed. Mijade)...

Cric, Croc, miam ! a cette particularité qu'il invite l'enfant à suivre avec le doigt le tracé d'une séance de dégustation imaginaire, ici d'une pomme par la chenille, là, d'une fleur par les abeilles...

  - J'ai faim ! Veux-tu me donner à manger ? 

L'enfant aide chaque petite bête à croquer, à grignoter, à mâcher. A la fin la chenille se transforme en papillon, l'enfant l'a aidé à grandir, il n'en est pas peu fier ! 
Un album simple, coloré, pédagogique, relevant presque du domaine de la "santé publique" :)


Toshio Fukuda est né en 1971, il est diplômé de l'Université des Arts d'Osaka. Il habite Tokyo, où il travaille comme illustrateur et donne des cours de dessin.

Direction le Canada

Tséré, le petit chamane, François Beiger, Catherine-Jeanne Mercier. 
Ed. Belin, Collection "Rêves de voyages", 2004. A partir de 6 ans.
Le chamane Inuk emmène Tséré, son fils, pour ravitailler le village afin d’éviter la famine. Ils partent avec leurs douze chiens polaires à travers la montagne sacrée à la recherche des troupeaux de caribous. Soudain un tremblement provient du sommet de la montagne sacrée...
 Extrait du conte :

"Inuk harnachait ses chiens, enfilant à chacun son collier en os de caribou. Selon la tradition, le son des grelots, agités au rythme du trot des chiens, devait attirer les caribous. Tséré et Inuk (...) avaient chaussé des Kamik, les bottes en phoque, que les mamans Inuit confectionnaient."

"Inuk sortit de sa poche un os de caribou. Il l'approcha lentement de la flamme qui devint alors verte. Il roula l'os entre ses mains et ferma les yeux. L'os de caribou disparaissait puis réapparaissait sous le mouvement rapide et agile des mains du chamane."


On remarque à quel point le chamanisme est ritualisé, en étroite adéquation avec les périodes de chasse ; la communauté doit absolument faire corps avec les esprits (voyage de l'âme) afin de protéger le groupe d'un destin tragique (mort, maladie), permettant de mieux gérer les aléas de la vie et de la chasse.
Les techniques de médiation employées sont différentes d'une société à l'autre néanmoins, elles s'accompagnent bien souvent d'une musicalité (la présence du tambour est assez courante) et de l'extase voire de la transe... sa nature est religieuse. Le chamanisme entretient un rapport étroit avec l'animal, il peut en prendre la forme tout ceci en lien à la croyance selon laquelle les animaux seraient animés par des esprits. Le chamane est donc celui qui sait manipuler et séduire les esprits, il négocie avec eux et traite les échanges.


L'auteur François Beiger, ethnologue du Grand Nord a vécu plus de quinze ans avec les peuples Inuit et Amérindiens. L'illustratrice Catherine-Jeanne Mercier est sculpteur et scénographe, elle conçoit depuis plusieurs années des espaces artistiques pour la petite enfance, destinés à l'écoute et la mémoire.

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Pour en savoir plus sur le Chamanisme, veuillez consulter les ouvrages anthropologiques et ethnologiques, des chercheurs suivants (pour ne citer qu'eux) :
Mircea Eliade - Michel Perrin - Danièle Vazeilles - Claude Lévi-Strauss - Roberte Hamayon

7 févr. 2010

Voyage à la recherche de l'immortalité

Dix symboles pour Grand-père, Choi Hyang-rang, Editions Chan-Ok,
Collection "Longue vie", 2008.

Traduit du coréen par Yang Jung-hee et Patrick Maurus.



L'histoire présentée par l'éditeur : Une petite fille part à la recherche des dix symboles de longévité, afin de favoriser la guérison de son Grand-père. En Corée, ces dix symboles illustrent le désir d'immortalité, sur la base de l'idéologie taoïste. Les éléments grâce auxquels les Coréens croient pouvoir vivre longtemps sans vieillir sont le soleil, le pin, la grue, le cerf, l'herbe de jouvence, le rocher, l'eau, la tortue, la montagne et le nuage. Choi Hyang-rang propose une évocation délicate de l'amour et de la vieillesse, du respect et de l'attachement, de la vie et de la mort, de la filiation et de l'immortalité. Une découverte émouvante de l'une des croyances ancestrales des Coréens, de leur rapport au Monde et à la Terre, des fondements de leur culture...


J'ai tout de suite été attirée par les couleurs et les techniques mixtes utilisées pour la création de cet album, que l'on a véritablement envie de toucher ! Je l'ai d'ailleurs fait ! ou bien, ai-je été touchée par le livre lui-même ? absorbée par le tissu, la peinture, les perles, nacre, porcelaine, couture et que sais-je encore...
Puis, mon regard s'est fixé sur les visages, les symboles dont l'oiseau (la grue), le soleil, la végétation, le rocher, la tortue, l'eau, la montagne, les nuages et bien d'autres. Enfin, l'amour que porte cette petite fille envers son grand-mère est si tendre, tellement fort et sincère que l'histoire est bien entendu touchante et particulièrement sucrée.

Le dit "secret" de l'immortalité, se trouve en réalité dans les yeux de la petite-fille, dans ce qu'elle a de commun avec son grand-père mourant, c'est quelque chose de vraiment profond, on appelle cela les liens de sang et au-delà, la filiation.






Les deux pages de fin nous apprennent que les dix symboles de longévité constituent le fondement de l'idéologie du taoïsme dont cette aspiration à l'immortalité s'est formée à partir de mythes & légendes populaires de Chine. Les substances grâce auxquelles les individus croyaient pouvoir vivre longtemps sans vieillir étaient le soleil, le pin, la grue, le cerf, l'herbe de jouvence, le rocher, l'eau, la tortue, la montagne, le nuage. Y était parfois ajouté, le bambou droit et vert, et la pêche.
Le chiffre dix (qui a la forme d'une croix en chinois) symbolise l'équilibre entre haut et bas, entre gauche et droite. Chaque symbole était gravé dans les objets usuels.






Les mots de l'auteure et illustratrice Choi Hyang-rang : "Je voudrais que, grâce à mon livre, les enfants ressentent dans leur corps le passage des générations et assument la responsabilité de la transmission".



Créé par Hélène Chan-ok Charbonnier en 2006, Chan-ok «Perles du ciel », est aujourd’hui un nouveau label des éditions Flammarion. Chan-ok invite les 3-9 ans dans une imagerie prodigieuse mêlant passé et présent, formes et couleurs, sens et esprit de la Corée du Sud. Intégralement conçus par des auteurs et illustrateurs sud-coréen, les livres publiés par le label reflètent toute la douceur d’une littérature, d’une imagerie venue d’ailleurs et d’un pays d’une grande richesse culturelle. La volonté de Chan-ok est d’amener les enfants à penser le monde, à découvrir de nouveaux univers et de nouvelles références. Pour cela, elle s’appuie sur leur insatiable curiosité à l’égard de toute forme de célébration de l’image.


Véritable passeur de sens et d’imaginaire entre la création artistique sud-coréenne et la jeunesse francophone, le label Chan-ok a pour vocation d’être acteur d’une société française multiculturelle, curieuse et déjà ouverte sur la Corée.


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