31 mars 2010

L'enfant et la guerre


L’étoile de Sarajevo, Jacques Pasquet, Pierre Pratt (ill.), 
Ed. Dominique et compagnie, 2009.
Dès 3/4 ans.

Une étoile filante, c'est une lueur d'espoir, un voeu lancé au ciel et au destin. Dans son monde en pleine tempête, un monde où règne la peur, Amina voudrait tant y croire !


 

Amina, en pleine guerre de Bosnie-Herzégovine*, à Sarajevo, ne rêve que d'une chose : s'échapper de la cave humide où elle et sa famille vivent cachés... Sa maman dort, son père est absent depuis trop longtemps. Elle sort, elle ne peut plus attendre, ses souvenirs sont tellement forts et sa vie d'avant si belle... Dehors, dans le présent c'est autre chose,  elle ne reconnaît pas les rues, la vie est aussi sombre que cette cave où elle étouffe, comme les images de l'album, noires ! Elle aimerait que quelqu'un lui raconte des histoires comme quand elle était petite alors, elle se rend à la bibliothèque - détruite - de la ville, elle y rencontre un vieil homme, le gardien du parc... Un grand texte illustré avec brio, qui touche à l'éternel... et qui nous touche droit au coeur. 


Extrait : "Assise sur son lit, Amina fixe le mur. "Non ! Je ne veux pas dormir".
Elle remue lentement les jambes dans le vide. Comme lorsqu'elle était petite, juchée sur une chaise trop haute. A cette époque, Amina était une vraie magicienne. Si la nuit étalait trop de noir dans sa chambre, elle appuyait sur un petit bouton et la lumière apparaissait aussitôt. Quand elle prononçait le nom de ses parents, plusieurs fois à voix haute, ils arrivaient sur-le-champ. Amina se sentait alors forte et puissante.
Mais aujourd'hui, c'est le grondement sourd au-dessus de sa tête qui est le plus fort. Les orages de la guerre sont bien plus terribles que ceux qui la faisaient trembler avant que tout éclate."

L’étoile de Sarajevo a reçu le Prix White Ravens 2009 (Canada), l'album est lauréat du Prix Illustration jeunesse du Salon du livre de Trois-Rivières, 2009.


Pierre Pratt illustre magnifiquement cet album plein de délicatesse et d'émotions. Il est aussi auteur de littérature jeunesse, né en 1962 à Montréal.

Sites des artistes :

* Le guerre de Bosnie-Herzégovine débuta le 6 avril 1992 lorsque l'armée populaire yougoslave, attaqua la Bosnie-Herzégovine qui venait de déclarer son indépendance le 1er mars. La guerre s'est achevée par les Accords de Dayton le 14 décembre 1995. Ce fut une guerre entre les peuples Serbes, Croates et Bosniaques ayant eu lieu sur le territoire de la Bosnie et ayant impliqué principalement la Yougoslavie, la Serbie, la Croatie et les différentes entité de l'actuelle Bosnie-Herzégovine...

30 mars 2010

Drôle de BD !


Anna et Froga - Tu veux un chwingue ? Tome 1,
Anouk Ricard, Ed. Sarbacane, 2007. Dès 7 ans.

Entre chamailleries et moments de complicité, Anna, une petite fille qui joue de la guitare et invente des chansons, partage son quotidien avec ses meilleurs amis : Froga la grenouille, Christophe le ver de terre, René le chat et Bubu le chien. Jamais à court d'idées pour s'amuser, cette fine équipe ne cesse de se taquiner. L'univers d'Anna et de ses acolytes se décline en histoires courtes de quatre pages.
De la bulle propre à la BD, aux pleines pages des albums, ce petit livre vous surprendra par son humour, son style, son vocabulaire et son originalité. Sur le thème de l'amitié et des plaisanteries partagées (les "blagues pourries"), Le chwingue va de gaffes en gaffes, de surprises en surprises. 


Extrait : Froga ramasse une boule rose par terre et l’offre à Anna. En même temps, Christophe (le ver) l'air inquiet, interroge ses camarades : "Vous n'auriez pas vu mon cousin Sami ? Il est plus petit que moi, il sent la fraise et il se met souvent en boule pour dormir ?" Gloups... Anna mâchouillant son chewing-gum commence à se poser des questions, elle réagit : "Aarg ! C'est pas vrai !". On imagine alors qu'elle s'apprête à avaler Sami (le cousin)...

Les expressions sont vraiment très drôles, spontanées sinon impulsives, elles font l'éloge de l'individu plus que du groupe, le Moi prend ici toute sa place. Situations cocasses et mots libérés, ces scènes représentent l'Enfance. Il faut alors s'arrêter un peu pour comprendre, pour mieux cerner cet Autre-narcissique, afin d'appréhender les mutismes et les blancs du texte (comme le fond de la page, d'une clarté intense).

Pour ce qui est des autres titres de l'album, "Les frites", raconte l'histoire de Christophe qui a mangé trop de frites, il se retrouve donc coincé dans sa galerie. "J'arrive plus à sortir de chez moi, ni à rentrer d'ailleurs". Froga va pour le secourir : "Mazette ! C'est coquet ici" (en parlant de son intérieur) ; mais elle s'endort chez Christophe, devant sa télé...
Puis, on arrive sur "Le thon" où Anna, Froga et René s'amusent dans l'eau. Ils rencontrent ainsi un thon qui veut devenir leur ami. Mais la bande profite un peu trop du poisson comme s'il s'agissait d'un chien et le thon a tôt fait de se débarrasser de ses ennuyeux amis.
Dans "Le cadeau", Bubu veut faire un cadeau à Froga. Il fait croire qu'il est doué en peinture à ses amis. Il offre à Froga un tableau sur lequel il a juste appliqué des couleurs.
L'avant-dernier, "L'expo", montre des "sales gosses" en pleine séance de critiques, affalés sur le canapé en train de manger tous les petits fours du vernissage. Bubu leur copain y expose ses tableaux, à côté de ceux d'autres artistes. Seulement, il expose et signe de son nom des dessins d'Anna. Le fin mot de l'histoire vous sera dévoilé à la lecture...
"Le Téléphone" : René et froga s'amusent à faire des farces au téléphone. Ils essaient de piéger Bubu sans se douter qu'il est à côté d'eux avec son téléphone sans fil et que c'est lui qui les piège.
La dernière planche "La chanson" n'est pas mal non plus, la petite chante sur son lit en jouant de la guitare, entourée de ses amis. Elle a inventé une chanson : "Qui pue des pieds ? C’est René !" (son ami le chat). "Qui pue des bras ? C’est Froga !" (la grenouille). Sur ce Bubu (le chien) se lève : "Bon je dois y aller, j’ai un rendez-vous important", "Allez ! Reviens Bubu !", "Ouais, c’est ça !".

Lien vers le film d'animation Anna et Froga (source "Youtube"):


Publiée initialement dans le magazine Capsule Cosmique, un mensuel de BD pour enfants édité par les éditions Milan (son rédacteur en chef est Gwen de Bonneval), la série Anna et Froga a été nominée à deux reprises dans la sélection officielle Essentiel Jeunesse du Festival d'Angoulême (tome 1 en 2008 / tome 2 en 2009).
- Le Tome 2 Anna et Froga - Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? est sorti en 2008 (même éditeur) 
- Le Tome 3 Anna et Froga - Frissons, fraises et chips, en 2009.

Le site de l'auteure Anouk Ricard
en un clic sur le titre de ce message !!

Mais au fait, qu'est-ce qu'un "garçon manqué" ?


Marre du rose, Nathalie Hense, Ilya Green (ill.), Albin Michel jeunesse, 2009. Dès 5/6 ans.

C'est l'histoire d'une petite fille qui aime le noir et déteste le rose. Elle grimpe aux arbres, lit des histoires sur les dinosaures, elle n'aime ni les princesses, ni les rubans et encore moins les poupées. 

"Maman dit que je suis un garçon manqué".
"Je suis comme un garçon, mais pas un garçon quand-même".

Un livre manifeste, anti-clichés sur la différence de genre (masculin/ féminin), au propos vifs, directs et questionneurs... dans l'air du temps.  Ce qui insupporte la demoiselle, c’est le mot « manqué » de cette expression assez assassine qui n’a pas d’équivalent pour les garçons qui ont des affinités avec les jouets et activités traditionnellement associés aux filles. L'héroïne entend bien affirmer ses goûts et réaffirmer qui elle est : non pas garçon manqué, mais une fille à l'identité bien marquée, plutôt indépendante et futée. Cet album peut plaire aux petits garçons comme aux filles !

"L'autre jour j'ai vu Auguste qui jouait avec des poupées, il leur cousait des habits. 
J'ai joué avec lui et du coin de l'oeil, je l'ai bien observé.
Je n'ai pas trouvé que c'était une fille manquée...".



Conceptrice-rédactrice en agence de publicité Nathalie Hense a fait son premier saut dans l'écriture en 2004 par le biais de concours de nouvelles. Son premier album jeunesse, Exister !, est paru à l'Atelier du Poisson Soluble en 2006. Elle vit actuellement au Raincy, en Seine-Saint-Denis.

Née en Provence, Ilya Green a fait des études de lettres et s'est mise à écrire très jeune. Elle est aujourd'hui auteure et illustratrice, et publie notamment chez Didier Jeunesse. Ses albums témoignent d'un regard drôle et singulier sur l'enfance. Elle vit à Marseille. Son site en un clic sur le titre de ce message.

24 mars 2010

Remerciements au magazine "Infobébés"

Le numéro un de la presse conseil parents-enfants, le magazine InfoBébés a publié un petit article sur les activités du blog Oeil d'Ailleurs. Veuillez consulter leur dernier numéro, actuellement en kiosque !

InfoBébés N°90 d'avril 2010, Cf. page 52.


InfoBébés est un mensuel regroupant 9 numéros par an.
Leur site : http://www.infobebes.com/


Un grand    M E R C I    à la rédaction
pour ce témoignage de confiance et de sympathie à notre égard.


CLIQUEZ SUR LE TITRE DE CE MESSAGE POUR ARRIVER DIRECTEMENT SUR LA PAGE DU MAGAZINE.

23 mars 2010

Racisme, identité et préjugés

Quelle est ma couleur ? Antoine Guilloppé, Géraldine Alibeu (ill.),
La Joie de Lire, collection "Les versatiles", 2003. Dès 5 ans.

Un petit garçon avant de s’endormir dans son lit s’interroge (et nous interroge) sur la façon dont il est perçu. Enfant, maître pour son chien mais élève pour son maître, arabe pour ses copains mais petit Français pour les Africains... « Peut-être que ma couleur de peau veut tout dire ? ».
Ce petit album commence à dater un peu mais reste tout de même d'actualité. Et oui, le garçon l'a bien remarqué, "Il y a des Français noirs, blancs, jaunes ou comme moi" et dans ses rêves, les extra-terrestres vont même jusqu'à le traiter de terrien ! Une histoire sans fin, dirons-nous...

La présence du chien montre bien que l'histoire porte sur la notion de "race" et non de "culture" ou de "différence", le dessin est très parlant.

Antoine Guilloppé est auteur-illustrateur, il est né à Chambéry. Après des études de dessin à l'école Emile Cohl de Lyon, il se dirige vers l'illustration. jeunesse. Il vit actuellement dans la région parisienne. Il a illustré de nombreuses couvertures de romans pour les éditions Thierry Magnier, Philippe Picquier, Rageot... Il a publié plusieurs albums jeunesse en tant qu'auteur-dessinateur, parmi lesquels Akiko la curieuse, Akiko la rêveuse et Akiko l’amoureuse (éd. Philippe Picquier), Prédateurs (Thierry Magnier) ou encore Loup Noir et Grand blanc (éd. Casterman). Il collabore également avec des auteurs comme Béatrice Fontanel sur l’album Grand corbeau (éd. Sarbacane) ou encore Ghislaine Roman sur l’album Un jour, deux ours… (éd. Milan). Voici son site : http://antoine-guilloppe.com/

Une interview a été réalisée avec l'illustratrice de talent Géraldine Alibeu, pour la découvrir, veuillez consulter le lien suivant : http://www.ricochet-jeunes.org/invites/invite/26-geraldine-alibeu

Comment se débarasser d'un petit bobo ?

Le Bobo Book - Le Livre des Ouilles ! Aille! Ayayaille !
Stéphane Malandrin, Françoiz Breut (ill.), La joie de lire, 2006.
Dès 4 ans.


Un petit garçon a mal à son bobo. Il s'endort et le voilà arrivé au pays des bobos. C'est un drôle d'endroit, où il croise la bosse, la coupure ou encore le bleu...
 
Arrivé à destination... Bienvenue au pays des Bobos ! C'est un pays où chacun peut venir déposer son bobo, mais attention : "Interdiction de changer de bobo ! Pas le droit d'en prendre un plus beau ! ou un plus grand ! ou un plus gros !". Il n'y a pas de place pour les faux bobos ! Ici, pour entrer, il faut montrer patte blanche et montrer au gardien qu'on a bien mal. On avance... "Bonjour, je suis la bosse..." Puis, il y a le lac de mercurochrome, des arbres à sparadraps... Dans ce pays, la bosse, la coupure et la griffure mènent une vie simple : Le matin, ils se désinfectent. A midi, ils se passent de la pommade. Le soir, ils se mettent un pansement sur la tête. Et la nuit, ils dorment. Puis, on rencontre enfin le Chef des bobos... on déclare son bobo sur une fiche... bon ça va pour cette-fois. Tout va bien, on repart...

Une typographie intéressante, un livre anti-douleur pour les petits, avec des images drôles et colorées.


Stéphane Malandrin est un auteur de littérature jeunesse français. Il est également coscénariste et coréalisateur avec son frère Guillaume Malandrin d'un long-métrage de fiction intitulé Où est la main de l'homme sans tête (2007).

Françoiz Breut connue également un temps sous le nom de Françoiz Brrr, est une chanteuse et illustratrice française née en 1969 à Cherbourg. Elle a illustré en 2008 : Le jour où j'ai trouvé une vache assise dans mon frigo de Stéphane Malandrin (Sarbacane Editions).

Le site de l'Illustratrice (lien actif) : http://www.francoizbreut.be

22 mars 2010

La vie d'un livre en quelques pages

L'oiseau Lire, Joël Franz Rosell, Vanessa Hié, 
Ed. Belin Jeunesse, 2009. Dès 4 ans.

À la bibliothèque municipale, un livre de contes s’ennuie sur la troisième étagère, au fond à droite.
Jamais personne ne vient feuilleter ou lire ses pages que la poussière alourdit. Les enfants n'empruntent que des livres de sciences ou d'histoire mais jamais des romans d'aventures. Ne viennent-ils à la bibliothèque que pour s'instruire ?
Le jour où le livre de contes voit une petite fille revenir consulter une lourde encyclopédie, il sent gonfler en lui un immense désir de bouger qui palpite entre ses pages et fait frétiller son corps de papier. Une petite brise passe par la fenêtre ouverte et vient chatouiller ses pages.
«Si la montagne ne vient pas au livre, le livre ira vers elle !» Jour après jour, il s'entraîne, glisse de son étagère, exécute des culbutes, des bonds et des sauts périlleux. La petite brise qui passe par la fenêtre, l'aide à s'envoler vers le square...


Il est toujours bon de rappeler que le conte est lié aux rêves, à l'imaginaire, au désir (infantile) mais également au plaisir de la représentation, communiquée par celui qui raconte, par celui qui écoute et que parfois les livres de conte sont comme ce qu'ils contiennent, dissimulés, cachés, suffisamment pour les découvrir.




Joel Franz Rosell est né en 1954 à Cuba, a séjourné au Brésil, au Danemark, en Argentine et vit aujourd’hui à Paris. Après avoir été promoteur culturel, professeur de littérature latino-américaine puis journaliste à Radio France Internationale, il se consacre aujourd’hui à l’écriture, à l’illustration et aux animations littéraires. Il a publié une vingtaine de livres dans sa langue d’origine, l’espagnol, et une demi-douzaine en portugais, basque, coréen et anglais. L’Oiseau-lire est son sixième livre paru en en France.

Vanessa Hié est l'illustratrice du conte Diabou Ndao qui vous a déjà été présenté sur Oeil d'Ailleurs. Veuillez consulter son blog sur : http://vanessahie.canalblog.com/

17 mars 2010

Béatrice Alemagna toujours à l'honneur sur ce blog !


Karl Ibou, Béatrice Alemagna, 
Autrement jeunesse, 2008. Dès 5 ans.


Karl Ibou déteste tout, même les frites. Karl Ibou n’aime personne et personne n’aime Karl Ibou. Karl Ibou, pourtant, voudrait tant être heureux… Mais comment faire ?

Karl Ibou se trouve vieux, laid et antipathique. Sa longue barbe est à la hauteur de son désarroi... C'est dire !
Il n'a pour compagnie qu'un petit canari qu'il a appelé "Nul". Ce misanthrope n'aime pas grand chose, ni la ville, ni les gens... Ce qu'il aime lui, c'est rêver, contempler l'horizon et ce monde qui lui échappe. Chez lui, il fait de même, il s'installe à sa fenêtre et regarde dehors toujours avec son air perdu. Il se demande "Comment font les gens pour être heureux?". Décidément, il lui manque un ami avec qui parler et raconter des histoires. Heureusement, Nul, va lui soumettre une idée intéressante : sortir, pour trouver un ami. Alors au matin, il se décide et demande à tous les passants de venir boire un thé chaud chez lui.

Pauvre Karl Ibou... il ne savait vraiment pas s'y prendre... Ce faisant, il ne lui restait que ses yeux pour pleurer. Enfin... pas si vite ! il y a toujours un enfant détestable pour venir nous déranger sur un banc, au parc, alors que nous souhaitions rester seul !

Cependant, depuis cette rencontre les jambes de Karl Ibou semblent montées sur ressorts... le vieil homme a gagné un ami et un nouveau regard sur la vie. Une fois arrivé chez lui, gonflé d'espoir, le coeur haut en couleurs, décidé, il coupa sa barbe ! Ensuite, il changea son look, libéra Nul afin que lui aussi trouve des amis et monta sur son vélo faire ses achats de pommes, d'oeufs, de fleurs... Quel bonheur de vivre ainsi !!

Ce livre est un coup de coeur de longues dates, toujours doté d'un très beau papier, bien épais, sa couverture rigide (comme Karl Ibou) a l'aspect toilé porte délicatement les illustrations fines, dessinées au crayon ou photographiées. Il nous renseigne sur le comportement d'un homme légèrement dépressif, renfermé sur lui-même et qui manque de confiance en lui. Il nous informe que l'individu peut très bien paraître revêche et bourru d'un côté et souffrir de solitude (et de son image) de l'autre. Un album qui nous enseigne la bienveillance et l'empathie, nécessaire pour entretenir des relations avec l'Autre.


Béatrice Alemagna est née en Bologne en 1973. Après ces études de graphisme en Italie, elle décide de s’installer en France. Elle a illustré une quinzaine d’albums et réalise aussi des affiches et des collages. Elle a remporté en 1996 le prix Figures Futures du Salon du livre de jeunesse de Montreuil, et le prix Octogone du CIELJ, en 2002, pour son album Mon amour aux éditions Autrement.
Son site : http://www.beatricealemagna.com

Grand/ Petit - Figuration mimétique de l'enfant

 C'est quoi un enfant ? Béatrice Alemagna, 
Autrement jeunesse, 2009. Dès 5 ans.

(Pour la version originale : Che cos’é un bambino, TopiPittori edizioni, Milano-2008. 
Traduit également en coréen par The Choice Maker).


Présentation de l'éditeur : Un enfant a des petites mains, des petits pieds et des petites oreilles, mais pas toujours des petites idées. Les idées des enfants sont parfois gigantesques, amusent les grands, leur font ouvrir grand la bouche et dire " ah ! ".


C'est quoi un enfant ? est un petit album (18,5 cm x 23,5 cm), plus petit que le format habituel des albums, illustré en pleine page, sur la droite et accompagné d'un texte court caricatural et espiègle, sur la gauche. L'écriture ronde et les images très colorées, sur une feuille toute blanche et épaisse, à petits carreaux, guident nos pensées vers nos souvenirs d'écolier. Béatrice Alemagna dresse ainsi un portrait assez large de l'enfant type à travers de petites scènes de la vie quotidienne. Elle nous invite à respecter cette "petite personne", à accepter sa différence, ses particularités, ses émotions comme autant de moments uniques à observer et à écouter. Elle rappelle l'adulte à l'ordre en lui faisant bien remarquer qu'un enfant n'est pas un enfant pour toujours. Un beau jour, il change.

L'enfant ici représenté, est un adulte qui n'a pas encore grandi sauf que lui pour s'endormir, il a besoin des yeux gentils et de la petite lumière à côté du lit. Un très beau livre sur le mode expressif (propre à B. Alemagna), qui aurait pu s'appeler "Qu'est-ce qui distingue un enfant de l'adulte ?" tant il s'oppose à une image de l'enfant sous l'emprise des mécanismes de projection de l'adulte en direction de sa progéniture. Rien que pour cela, ce livre est une merveille... A découvrir en famille !

Extrait : "Enfants épuisants, odieux, qui ne veulent jamais se coucher, enfants gâtés qui n'en font qu'à leur tête, enfants qui cassent les assiettes, les bols et tout le reste avec."
"Il y a des enfants de tous les genres, de toutes les couleurs, de toutes les formes. Les enfants qui ne veulent pas grandir ne grandiront jamais. Ils garderont un mystère dedans. Alors, même adultes, ils seront émus par les petites choses : un rayon de soleil ou un flocon de neige."



Pour en savoir plus sur Béatrice Alemagna auteure et illustratrice, veuillez consulter son site (en cliquant sur le titre de ce message) et lire l'interview suivante de cinq pages (réf. Citrouille.net) : http://lsj.hautetfort.com/files/interviewalemagna.pdf

Autres références : Un lion à Paris (2006), Oméga et l’ourse (2008), Karl Ibou (2008) et Jo, singe garçon (son dernier album)...

16 mars 2010

Un univers à la Tim Burton

Cerise griotte, Benjamin Lacombe, Seuil Jeunesse, 2006. A partir de 4 ans.

Cerise Sullivan vit seule avec son père, qui travaille dans une fourrière. Elle aime s'évader dans ses romans, elle fréquente les bibliothèques et rêve à la liberté des oiseaux tout en regardant par la fenêtre, elle grignote du chocolat et du gorgonzola. En revanche, elle déteste les cerises, ces fruits ronds qui lui ont donné son prénom, et l'école, où l'on se moque de ses rondeurs.
Comment espérer que le bel Angelo qui fait fondre les filles à la récré puisse un jour la regarder ? Un matin, Cerise découvre au fond d'une cage de la fourrière une petite chienne peu ordinaire. C'est un shar-pei, une petite boule de plis venue des pays d'Asie. Les deux amies deviennent inséparables, Cerise la boulotte a trouvé sa Griotte. Le père de Cerise l'avertit : Griotte n'est pas à elle, il lui faudra un jour s'en séparer. Il lui promet cependant qu'elle lui appartiendra si au bout d'un mois personne ne la réclame. Mais le trentième jour, trois personnes se présentent à la fourrière. Griotte, folle de joie, fait la fête à ses maîtres. Parmi eux, Angelo. Il remercie Cerise d'avoir pris soin de son animal et lui promet de partager avec elle son amitié et sa Griotte.

Ce livre nous parle de solitude, de tristesse, de la différence d'une petite fille repliée sur elle-même, gourmande (un autre de ses refuges), un peu timide, qui s'identifie à l'animal perdu. Elle lui donne d'ailleurs un nom similaire au sien (Cerine/ Griotte). Pour défendre sa nouvelle amie (la chienne), elle trouvera même le courage d'affronter les pestes de sa classe.

Les illustrations sont toujours aussi belles, des détails peuplent le texte comme la poupée assise sur l'étagère de livres, le choix des bouquins lus par Cerise : Bandes dessinées de pirates, les romans de Jules Verne et des encyclopédies sur les oiseaux, dont les thèmes sont directement exploités au sein de l'image : la montgolfière avec Phileas Fogg (personnage du roman Le Tour du monde en 80 jours).


Je vous ai déjà présenté La mélodie des tuyaux de Benjamin Lacombe sur ce blog.
Auteur et illustrateur Benjamin Lacombe est né en 1982, il habite Paris et a suivi les cours de l'Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (ENSAD), veuillez cliquer sur le titre de ce message afin de découvrir son site et ses fabuleuses créations. 
Son prochain livre Carnet Rouge sortira en avril prochain au Seuil Jeunesse. Les textes de Benjamin seront cette-fois illustrés par Agata Kawa ; voici la couverture en avant-première :

Invisible


Aristide le timide, David Lucas, Catherine Bonhomme (traduction de l'américain),
Ed. Circonflexe, 2004. Dès 3 ans.

Le blog Oeil d'Ailleurs a choisi de vous présenter cet album non pas pour ses qualités graphiques mais plutôt pour son originalité visuelle, sous la forme du trompe-l'oeil.

Aristide est un garçon timide, il n'aime pas se faire remarquer, Aristide aime se fondre dans le paysage. "Il avait un costume pour ses promenades dans le parc. Il avait un costume pour aller faire les courses"... Un jour, le garçon reçoit une invitation importante. Mais Aristide, du genre casanier, passe son temps à éviter toutes situations de malaise, à tel point que ses vêtements doivent se confondre avec les lieux qu'il fréquente. Néanmoins, vous le savez aussi bien que moi, la nuit porte conseil et les rêves trahissent souvent nos pensées. Alors au petit matin, il fabriqua de nouveau un costume passe-partout, aux couleurs du château, or et argent. Quel drame ! Il ne savait pas qu'il s'agissait d'une fête en plein air. Complètement paniqué et en décalage avec les autres, tout le monde remarqua sa différence mais pas dans le sens qu'Aristide s'imaginait. La Reine et le Roi émerveillés par la richesse de son pardessus, lui demandèrent de reproduire cette création. Et, grâce à son talent, par la suite, Aristide pu ouvrir son propre magasin. Désormais il était très occupé, il avait plein d'amis, il était le plus heureux des timides du monde.

(Aristide est au fond à droite de l'image)

Votre enfant prendra beaucoup de plaisir à chercher Aristide dans le paysage et pourra ainsi juger du "ridicule" de la situation. Cet album montre aussi que chaque enfant a des forces et des intérêts qui lui sont propres et qu'il a besoin d’apprendre qu’il peut réussir !


 Le site de David Lucas en un clic sur le titre de ce message.

11 mars 2010

Graine de sagesse


Petit bonhomme, Eric Battut, Hatier Livre / Gautier Languereau, 2003.
Dès 2 ans.
L'histoire du petit bonhomme d'Eric Battut, un livre sur l'éveil à la vie et la découverte d'autrui, va à l'encontre des tendances actuelles de notre société et tant mieux ! Nous ne sommes pas dans l'"avoir" et le "faire", ni dans l'hyperstimulation de l'enfant, permanente dans les familles et institutions depuis le berceau... non, l'auteur fait l'éloge de l'importance de cultiver son jardin intérieur avant de se tourner vers autrui. L'idée étant de conquérir son propre espace (le corps de l'enfant est ici représenté nu), sans se couper du monde mais sans non plus se disperser tous azimuts.
Voilà donc un petit garçon confronté à lui-même (ce qui est parfois nécessaire et inévitable), il ne sait pas quoi faire, il attend qu'on lui donne un peu d'affection, il veut un baiser. Il est assis légèrement recroquevillé sur lui-même, puis enfin, il se lève, commence à sentir le doux parfum des fleurs, il plonge dans l'eau et découvre ainsi de nouvelles sensations, etc. Et d'un coup sa propre image qu'il voit dans un reflet, l'arrête. Il retombe dans son monde intérieur avec tristesse, il rêve ! Ce qu'il ignore encore c'est que sa petite escapade a eu des effets positifs, quelque chose à changer en lui : il arrive désormais à être seul avec son Moi sans s'ennuyer ni même être angoissé. En regardant autour de lui, petit bonhomme va se rendre compte qu'il n'est pas si seul que ça et c'est lui qui offrira finalement son premier baiser...


Chez le même éditeur, Eric Battut a publié Le plus grand des rois (2007) et Petit Caillou (2002). Il est l'auteur et l'illustrateur d'un nombre considérable d'albums, son dernier Ce petit pois-là est paru aux éditions Autrement jeunesse, en mars 2010.

9 mars 2010

Le long voyage de l'âme


L'enfant qui est né deux fois, Gérard Moncomble, Régis Lejonc, 
Ed. Milan jeunesse, 2005. Dès 6/7 ans.

A kimiut, Oqisu une femme de chasseur, donne naissance à son premier enfant. Hélas, le nouveau-né, très faible, ne crie pas et respire à peine. Vite, elle nomme l’enfant « tu t’appelleras Uutoq. Ainsi tu seras toujours mon enfant ». La vieille Kâgâ, l'accoucheuse et sorcière du village, chante alors des mots magiques afin que l’âme de l’enfant reste aux alentours, au lieu d’aller danser et jouer dans le ciel. Peut-être trouverait-elle un jour un corps à habiter.

Ce fut le cas. Au gré du vent, l'âme d'Uutoq trouva refuge dans la fourrure d'un chien. A la mort de celui-ci, l'âme s'élança dans la vallée, blottit dans le duvet chaud d'un oiseau, le harfang. A son tour, l'oiseau fut mangé par le renard, Uutoq se glissa dans les poils de l'animal. Mais, la rencontre avec l'ours lui fut fatale, Uutoq occupa alors le colosse. Puis, l'ours en chasse d'un phoque fut surpris par un autre qui s'avançait derrière lui. Au premier choc, l'âme d'Uutoq fut projetée sur la glace et fut engloutie par le trou béant. C'est ainsi qu'un phoque l'avala... lui-même tué par des chasseurs, dont l'un d'entre eux n'était autre que Nada, le père d'Uutoq ! Au village, les habitants connaissaient la famine, Aaqi le chaman entonna un chant pour remercier Imap uguwa, la femme de la Mer. Oqisu fut celle qui dépeça la viande, elle garda pour elle la queue du phoque alors même qu'Uutoq s'était réfugié dans cette partie du corps. Avalé par sa mère, au début de l'été, Oqisu s'aperçut qu'elle était grosse d'un enfant...



Sur le thème de l'immortalité de l'âme, ce conte d'inspiration inuit, traite autant des relations claniques, de fausse-couche et de la dure loi de la nature ; l'accent est mis sur la répétition vie/mort, froid/chaud, puissance/fragilité. Un album où les noms des personnages tiennent une place importante, ce qui n'est pas étonnant sachant que dans de nombreuses cultures, le nouveau-né n'existe qu'une fois nommé (à 6 mois de grossesse comme à 1 an).

 

Un album qui tranche avec le style habituel de Gérard Moncomble, plutôt parodique et humouristique. 
Le site de l'auteur : http://gerardmoncomble.com/


Le site de l'illustrateur Régis Lejonc : http://web.mac.com/regis.lejonc

Conte Brésilien


Juruva à la recherche du feu, Hélène Kerillis, Florence Koenig, Ed. Bilboquet-Valbert, 2005. Dès 5 ans.

Un conte collecté par Albéna Lair et raconté par Hélène Kérillis.

"Plus de feu ! Plus de feu ! La détresse frappe le village d'Anaya. Impossible de vivre en harmonie sans le feu, rassurant et bienfaiteur. Ce conte brésilien nous plonge au coeur de la légende d'un courageux oiseau, devenu sacré : Juruva."


Anaya, une petite fille joue avec son ami l'oiseau Juruva. De retour chez elle, sa mère lui demande d'aller chercher une braise chez la voisine, le feu s'étant éteint ! Mais le feu a disparu...
Bouleversés par l'incroyable nouvelle "Le feu est mort !", les villageois finissent par se réfugier dans la case commune, plongés dans l'obscurité et entourés d'ombres géantes.
Les hommes doivent alors convoquer les esprits de la forêt. En route, l'un d'entre eux rencontre l'esprit de l'Eau, l'alligator, voilà sa réponse : "Je ne veux rien savoir de l'homme, il ne respecte pas le fleuve !". Le deuxième homme rencontre l'esprit de la terre, le jaguar, il lui demande de l'aide. Voici sa réponse : "Je ne veux rien savoir de l'homme, il ne respecte pas la terre !". Le troisième rencontre l'esprit de l'arbre, le singe, voici sa réponse : "Je ne veux rien savoir de l'homme, il ne respecte pas les arbres !".
Ils rentrent ainsi tous bredouillent... Alors sans rien dire à personne Anaya s'enfuit dans la forêt à la rencontre de son ami Juruva. "Pour toi, j'irai chercher le feu !" assure Juruva et grâce à l'orage, il retrouvera le feu. Désormais, Juruva sera l'Oiseau sacré, les plumes de sa queue, d'où il avait coincé et ramené la braise porteront à jamais la marque de son exploit.


Attention, l'Oiseau Juruva existe vraiment, il fait partie de la famille des momotidae, il habite la forêt vierge du Brésil, il chante à l'aube et au crépuscule, les deux plumes de sa queue médianes sont longues, avec une partie subapical dépourvue de barbe, comme coupée. Son plumage est vert olive, avec des nuances bleutées. 


Cet album permet d'explorer 
succéssivement 
une légende populaire
et de débattre sur l'impact du 
non-respect de l'environnement.


Hélène Kérillis réside dans l’Ouest de la France. Passionnée d'histoires, de contes, d'albums, de romans… Elle publie pour la première fois en 1996
Son site : http://cocoax.free.fr


Florence Koenig illustratrice jeunesse. Son dernier livre publié En allant à l’école - Awa et Dodi, a été écrit par Yves Pinguilly, Ed. Autrement 2009.
Son site : http://www.florencekoenig.com

7 mars 2010

Sentiment d'incapacité / Le sens de la vie


L'arbre rouge, Shaun Tan, Ed. La compagnie créative, 2003.

Traduit  de l'anglais par Florence & Claude E. Dagail.
A partir de 7/8 ans.

Qui ne s’est jamais levé un jour, sans trop savoir que faire, un de ces jours où tout va de mal en pis et où vous vous sentez bizarre dans un monde étranger ?



C'est très clair, vous pouvez vous fier à la couverture pâlotte et au teint blafard de la petite fille sur cet abum magnifiquement illustré, à la typographie (pourtant) vivante et créative.
L'arbre rouge, vous le trouverez à la fin du livre mais en attendant, l'album commence par une pluie de mots, aux "gouttes" lourdes qui glissent vers la mélancolie, sorte d'absence de goût de vivre qui dure plus ou moins, selon les périodes et selon les personnages. Et...  la présence de cette horloge ô combien symbolique lorsque le temps semble si long, usant et fatiguant.
"La journée commence parfois sans rien d'intéressant à l'horizon", comme une envie de rester au lit jusqu'au lendemain "et les choses vont de mal en pis" un peu comme les feuilles d'automne, qui tombent et se ramassent à la pelle, comme les souvenirs et les regrets, comme les nuits froides. "L'obscurité s'abat sur toi" et "personne ne peut comprendre", tel un naufragé au milieu de l'océan, il jette la bouteille à la mer Help! Help!
Sans raison apparente, on perd le sens de la vie, on perd - volontairement ou involontairement - notre chemin. "Puis soudain les ennuis te tombent dessus"; on se retourve très vite face à un système, à une machine prête à nous avaler et on ne sait même pas ce qu'on attend de nous, qui on est censé être ! Est-ce un mauvais rêve ? un spectacle qui aurait mal tourné ? Mauvais sort ou magie noire ? (...).
Et puis, finalement "la journée semble finir comme elle avait commencé". On aperçoit la petite lumière, ce peu de ré-confort qui reste en nous, l'arbre reprend racine, grandi et fleuri, il nous illumine par sa beauté, sa force la plus profonde, et la vie passe ainsi.


La morale de cette histoire est que le sens de la vie n'est jamais donné dès notre premier jour sur terre, imaginez un monde où tout serait dit d'avance dans une clarté envahissante... Ce sens de la vie se construit, le sens de la vie c'est aussi le sens de MA vie, c'est répondre à la question "Que vais-je faire de cette liberté qui m'a été donnée ?". William Shakespeare faisait dire à Macbeth (acte V, scène 5) : « La vie n'est qu'un fantôme errant, un pauvre comédien qui se pavane et s'agite durant son heure sur la scène et qu'ensuite on n'entend plus; c'est une histoire dite par un idiot, pleine de fureur et de bruit, et qui ne signifie rien...». A méditer...


Shaun Tan est né en 1974 en Australie, il a publié plusieurs albums, tous primés. En 2001, The lost thing, a remporté l'Aurealis Convenor's Award et a reçu une mention à la Foire du livre de jeunesse de Bologne. Je ne connaissais pas cet auteur-illustrateur, vous pouvez découvrir son site (en anglais) en cliquant directement sur le titre de ce message.

3 mars 2010

Réflexion sur le jugement d'autrui et le comportement à adopter

Nasreddine, Odile Weulersse, Rebecca Dautremer, Père Castor,
Editions Flammarion, 2005. A partir de 4/5 ans.
Chaque matin, Nasreddine accompagne son père au marché où ils vendent dattes, laine ou encore volailles. Pour les aider à cheminer, ils chargent un âne. Un jour, tandis que Nasreddine suit l'âne qui porte son père, ils croisent le vizir, qui se moque de ce gros homme qui laisse son fils marcher dans la boue ! Honteux, le jeune garçon rentre à la maison et décide que le lendemain, il en sera autrement. Le lendemain, c'est lui qui monte sur l'âne pendant que son père suit. Là encore, on se moque d'eux. Au fil des jours, sous les yeux amusés de son père, Nasreddine tente toutes les solutions : à deux sur l'âne, personne sur l'âne... Mais toujours, ils sont sujets à railleries. Enfin, aidé par son père, Nasreddine comprend à quel point il est difficile de plaire à tous et qu'il est nécessaire de mener sa vie sans se soucier des sarcasmes d'autrui.
 Extrait : "Nasreddine lève son visage vers son père et déclare d'un ton triomphant :
- J'ai compris, il ne faut pas craindre les jugements des autres. Ni avoir peur du ridicule.
- Je suis heureux que mon fils, la flamme de mon coeur, sache si bien raisonner."
Dans ce conte-ci, à la portée universelle, l'enfant fait l'expérience du regard de l'autre sur ses faits et gestes et découvre cette valeur aussi simple que fondamentale : la confiance en soi, pour apprendre à ne plus craindre les jugements et le ridicule. Il montre à l'enfant qu'il est important de faire preuve de discernement, en matière de critique.
Extrait : "C'est à toi de décider si tu entends des paroles remplies de sagesse ou de sots et méchants bavardages". 
L'album a été réédité en 2008, collection "Les P'tits albums du Père Castor".

Odile WEULERSSE est née en 1938, elle vit à Paris, elle a d'abord enseigné la philosophie, puis le cinéma et a écrit des scénarios pour la télévision. En 1982, un éditeur lui propose d'écrire des romans pour enfants, et c'est le début d'une longue carrière jalonnée de succès, tels que Les pilleurs de sarcophage ou Le messager d'Athènes chez Hachette. Chez Flammarion, elle est l'auteur du roman Théodora, courtisane et impératrice. Au Père Castor, elle a signé Apomi et le grand masque («Castor Poche») et l'album Épaminondas.

Rébecca DAUTREMER est née à Gap en 1971, elle vit à Paris, où elle a suivi les cours des Arts Décoratifs, avant de devenir graphiste et illustratrice. Elle travaille pour la presse jeunesse, et a publié de nombreux albums chez Hachette, Magnard et surtout Gautier-Languereau avec L'amoureux, couronné par le prix Sorcières en 2004, et le fameux Princesses (Etc.) ;  elle signe ici avec Nasreddine son premier album au Père Castor.