30 juin 2010

L'ennemi (vu de l'intérieur et de l'extérieur)

 Comme toi, Eve Bunting, Anne Buguet (ill.), Ed. Le Sorbier, 
Coll. "Les ethniques", 2009. A partir de 5 ans.

Traduit de l'anglais par Marilou Pierrat.

Emprunter chaque matin le chemin de l’école, quoi de plus ordinaire ? Mais pour Allison, huit ans, les choses ne sont pas si simples. Elle vit en Irlande du Nord et elle est catholique. Elle doit traverser un quartier protestant pour aller à l’école. Même si sa mère et son oncle Frank l’accompagnent, les insultes qui fusent autour d'elle lui font peur, autant que la violence dont fait preuve son oncle. Elle assiste au conflit et s’interroge. Mais sa rencontre furtive avec une petite fille protestante balaie les horreurs entendus dans la bouche des adultes : qui a dit qu’elle était son ennemie ? En fin d'ouvrage, une note de l'auteur précise que cette histoire s’inspire d’événements survenus à Belfast, mais insiste sur l’idée que, bien sûr, il n’est pas question de prendre partie : Allison aurait très bien pu être une petite fille protestante, traversant un quartier catholique pour se rendre à l'école.

© Editions Le Sorbier, 2009.

Extrait :  "Et nous, alors, est-ce qu'on est des gens bien ? Et ce qu'a dit Oncle Frank l'autre soir, c'était bien, peut-être ?" "Liam Connors a besoin d'une bonne leçon. Quel culot d'aller dans un pub non catholique !" "- Et s'il en avait trop dit ?" C'était John Bradley qui parlait. "J'ai entendu dire qu'il sortait avec une protestante !" avait renchéri Henry McAfee. Silence. Mon coeur battait la chamade dans ma poitrine. "Demain soir", avait dit Oncle Frank.
© Editions Le Sorbier, 2009.

Les conflits n'épargnent jamais les enfants. La petite fille de ce livre fait alors preuve de courage, osant aller vers "l'ennemi". D'origine irlandaise, Eve Bunting dénonce ici l'absurdité de ce conflit fratricide.
 
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Eve Bunting, née dans le petit village en Irlande du Nord en 1928, est auteure de plus de 250 livres.  
Ses livres sont très variés aussi bien par rapport à leurs groupes d'âges, que par rapport aux sujets traités, allant de l'Action de grâces, à des émeutes dans Los Angeles . Elle a remporté plusieurs prix... En 1958, elle part en famille aux Etats-Unis. Elle vit aujourd'hui à Pasadena, en Californie et a six petits-enfants.

Anne Buguet est née en 1943 à Puteaux. Elle a suivi les cours de l'Ecole Supérieure des Arts Appliqués Duperré et de la Sorbonne. Elle est enseignante de dessin à l’Ecole Supérieure des arts appliqués Duperré.

Lorsque passion et travail se mélangent parfois...


Jean le Géant, Arnold Lobel, Ed. Circonflexe,
Coll. "Aux Couleurs Du Temps", 2009. 
A partir de 3 ans.

Traduit de l'américain par Catherine Bonhomme.
© Editions Circonflexe, 2009.

Jean le Géant vit heureux avec sa vieille mère dans la forêt enchantée. Toujours attentif aux autres, il a plein d'amis (des elfes, des animaux). Seulement, Jean de sa hauteur ne voit pas tout !
Un soir, sa mère se mit à pleurer... "Nous sommes pauvres, soupirait mère Géante..."
Le temps était venu pour lui de partir à l'aventure afin de trouver du travail. C'est  ce qu'il fit mais non sans incidents : un château réduit en miette, un chien à la queue recollée par un joli noeud... En effet, ce que Jean n'avait pas dit lors de son "entretien" c'est qu'il était passionné de musique et de danse.  Certes dévoué la plupart du temps, il ne l'était plus du tout au son de la musique magique des elfes. Alors dès les premières notes, Jean un peu grand pour se mettre à danser et à tournoyer sans fin, devint incontrôlable ce qui provoqua un certain nombre de dégâts.
Fort heureusement, chez Arnold Lobel tout est bien qui finit bien et le géant reviendra dans sa forêt avec un beau sac d'or.

Paru pour la première fois en 1964 par Harper & Row Publishers, cet album vient d'être réédité aux éditions Circonflexe.
© Editions Circonflexe, 2009.
Extrait : Jean parcourut le vaste monde. Il vit des montagnes et des tigres et aussi des orages. 
Un jour, il arriva devant un très beau château. 
"Regardez ! Regardez ! s'écrièrent le roi, la reine, la princesse et le petit chien qui habitaient ce château. Voilà un géant !" 
"Bonjour, dit Jean, je cherche du travail."

Arnold Lobel est un dessinateur américain (1933-1987). Auteur et illustrateur de livres pour enfants (dont le célèbre Hulul, hibou solitaire et fantasque).

Mère courage


 Pétronille et ses 120 petits, Claude Ponti, L'Ecole des Loisirs, 1990. 
A partir de 4 ans.

Où il est question de Pétronille, la souris qui n'est pas verte, de ses 120 petits, de leur papa qui est loin et qui s'appelle Everest, de la Forêt Touffue qui est si belle dans la lumière de l'été, de Cafouillon qui est si bête qu'il mélange toujours tout, du monstre Sagoinfre qui tente de manger les 120 petits et qui ne sait pas ce qu'il va lui en coûter ! Des noms, des mots bizarres par associations d'idées, des sons, des chansons aussi... vous verrez, ça sonne bien à l'oreille et les enfants adorent...

Maman souris part faire des courses, elle laisse ses petits, elle pense très fort à eux en chemin. 
Chez l'épicier, elle achète 120 sucettes... pour rentrer, elle décide de prendre le chemin de la forêt. Elle ne voit pas les yeux qui la guettent entre les feuilles. Et que peut-il bien se passer lorsqu'une souris court dans l'herbe ? Vous connaissez la chanson 0_° mais Pétronille n'est pas d'accord... elle ne veut pas devenir un escargot tout chaud ! 
Il se met à pleuvoir, elle s'abrite sous un dolmen, y rencontre trois pierres qui s'ennuient  jusqu'à cette rencontre. Oui, une maman a toujours un jeu dans sa poche. pour occuper  les siens. Elle quitte cet endroit et se perd au milieu de plantes féroces qui veulent la manger, roohh... C'est là que les petits poussins jaunes de Ponti, Foulbazar, apparaissent et comme ils sont gentils, ils vont l'aider... Elle s'en sort. Là une petite fille est entrain de lire dans sa forêt-bibliothèque. Elle s'appelle Adèle, bah oui, comme c'est le prénom de la fille de Claude Ponti (c'est également le titre de plusieurs albums de l'auteur, publiés chez Gallimard Jeunesse). Charmante rencontre donc... 
Au bord de l'eau, il y a quelqu'un qui pleure. Cette-fois, c'est une madeleine (voilà une autre occasion de pousser la chansonnette). La madeleine éclate en 8 morceaux, dedans il y avait un des petits  de maman souris ! Il explique qu'en son absence, un horrible monstre est venu et qu'il a aspiré tous les enfants... La Maman-de-Toutes-les-Mamans tombe du ciel pour la soutenir. Ses enfants sont prisonniers dans l'arbre-cage, Pétronille attaque le monstre "Sagoinfre". 
La petite famille réunie va franchir tous les murs même celui de la poule de la chanson., vous voyez ?
Ils retrouvent enfin leur maison, elle est un peu cassée mais le principal c'est qu'ils soient tous ensemble pour fêter le retour du papa.


© illustrations de Claude Ponti pour L'Ecole des Loisirs.

Pétronille est le premier livre de Ponti. C'est en fait l'histoire d'un tremblement de terre. Claude Ponti, un grand artiste habitué à travailler chez lui n'importe quand, se retrouva à 36 ans, après la naissance de sa fille, avec un bébé à la maison !! Doter Pétronille de 120 petits parut à l'Auteur la seule façon, approximative, de donner une idée des bouleversements de sa vie, et de rendre hommage aux milliards de mères qui, s'occupent des bébés.

Pétronille et ses 120 petits a reçu le Prix des « Bonnetiers » 1991 décerné par la ville de Troyes et le "Prix des critiques de livres pour enfants de la communauté française de Belgique" 1991.



Claude Ponticelli, dit Claude Ponti, vous le savez déjà, est un auteur de littérature de jeunesse et illustrateur français, né en 1948 en Lorraine, d'un père chrono-analyseur et d'une mère institutrice. Son œuvre basée essentiellement sur un travail de profusion à la fois graphique, lexicale, narrative et symbolique fait date dans la littérature de jeunesse de la fin du XXe siècle et du début du XXIe siècle.

Entretien vidéo avec Claude Ponti :
http://www.ecoledesmax.com/espace_auteurs/videos/video_auteur.php?id=34


Pour prolonger cette lecture, je vous invite à consulter l'album Maman Quichon se fâche d'Anaïs Vaugelade, L'Ecole des Loisirs, 2004.



Soixante-treize, c'est le nombre d'enfants dans la famille Quichon. Il y a Gaëtan Quichon, qui a des démêlés avec un cauchemar, et Philippe Quichon qui désire voler. Il y a aussi Diane Quichon, Paolo Quichon, la petite Cléo Quichon etc... ne vous inquiétez pas, bientôt vous les connaîtrez tous. Évidemment, soixante-treize enfants, c'est parfois un peu compliqué pour les parents. Il arrive que Maman Quichon ait du mal à les coucher, par exemple. Il arrive même qu'elle soit obligée de se fâcher. Mais quand vos soixante-treize petits cochons vous font un bisou tous en même temps, vous ne regrettez sûrement pas d'être mère.

© Editions L'Ecole des Loisirs.

© Editions L'Ecole des Loisirs.

20 juin 2010

A l'occasion de la fête des pères...


Mon papa est le plus fort, Stéphane Girel, Ed. du Rouergue, 2002.
Dès 4 ans.

© illustration de Stéphane Girel, Editions du Rouergue.

La couverture en forme de paquet de pâtes avec le poids et la date de péremption derrière est porteuse de mémoire ô combien lourde à porter par moment. L'enfant de cette histoire pense à sa mère italienne, décédée. Ce petit garçon - très observateur - vit seul avec son papa qu'il admire.
Un papa très fort, un papa champion, un papa qui sait faire tant de choses et aussi, qui cache bien son chagrin... mais, pour les repas, la tristesse de son fils et le choix d'une nouvelle maman, là il est nettement moins fort. Le garçon lui, veut une "maman en or", pour cela, il sait qu'il va devoir "mettre la main à la pâte" :) Et pourquoi pas Julie, la voisine qui sait bien faire le riz…

L'album a une typographie très originale avec des pâtes à potage en forme de lettres, pour des illustrations qui sont de discrets hommages à des peintres comme Klimt, Miró ou Klee…

© illustration de Stéphane Girel, Editions du Rouergue.

Extrait :
"Devant mon potage, je pense à maman et ses cheveux d'ange : "Capelli d'Angelo", elle chantait, avec son accent ensoleillé. Je pense à ses petites étoiles : "Stelline", murmurait maman, et ses papillons "Farfalle", chuchottait-elle. Les recettes de maman me manquent. Maman aussi."

© illustration de Stéphane Girel, Editions du Rouergue.


Stéphane Girel est né à Lyon en 1970. Depuis 1993, il écrit de nombreux livres pour enfants et il a illustré une cinquantaine d'ouvrages. Son blog : http://stephanegirelillustrateur.hautetfort.com/

Deux cousins, deux rois, deux mondes et la Nature !

Le Roi des sables, Thierry Dedieu, Editions du Seuil, 2010. A partir de 4 ans.

Voici un très bel album cartonné, une jolie fable illustrée de montages photos. Les deux personnages en sable et en bois sont très bien réalisés. Les sculptures du Roi des sables laissent apparaître toute la sensibilité du personnage, tandis que celles, en bois, de son cousin ont une force brute qui en disent long sur lui. Deux univers qui s'opposent. D’un côté le respect de la nature et de l’ordre des choses avec un Roi des sables très humble et sage ; de l’autre, la volonté de dominer et de manipuler le monde avec un Roi des bois qui recourt facilement à la violence et à la force.


"La terre, l'eau, l'air et le feu sont bien au dessus de nous. Fou est celui qui pense les maîtriser. Sage est celui qui accepte leur domination et qui choisit de vivre avec." 
Il était une fois, le Roi des sables. Son château était édifié au bord des vagues. Il jouissait d'une vue magnifique, de couchers de soleil sans pareil. Mais le prix à payer était cher. Son château de sable devait être reconstruit très régulièrement. Un jour, son cousin du Nord, le Roi des bois, lui rend visite. Il se pâme devant la beauté du spectacle de la mer."Comme vous devez être heureux", s'exclame-t-il.- Hélas mon cousin, à chaque équinoxe, mon château est emporté et il me faut le reconstruire." Et le Roi des sables laisse couler une larme. Le Roi des bois trouve son cousin bien peu combatif. A-t-il fait dresser des digues ? creuser un canal ? crié ? - Non, lui répond le Roi des sables. Ces années passées à être confronté à la Nature m'ont rendues humble et fataliste. J'ai appris qu'elle se laisse admirer mais jamais dompter. Mais le spectacle qu'elle m'offre vaut bien le désagrément des équinoxes.


Cet album est un vrai conte philosophique, les photos qui servent d'illustrations sont d'une grande poésie. Le texte est une pure merveille, il interroge la notion de patrimoine, de rapport à la nature, il est propice à la diffusion de valeurs de solidarité, d'humilité, avec en arrière-plan un certain fatalisme sur fond d'esthétisme. Le livre en tant qu'objet est entièrement cartonné, les images sont en pleines pages sauf pour celles du milieu (les retrouvailles entre les deux cousins) qui s'insèrent sur une double page jouant des ombres. Le mot de la fin : bravo pour ce magnifique travail !!



Thierry Dedieu est l’auteur de nombreux albums abordés dans des styles très différents, dont Yakouba (1994) et Kibwé (2007), Le Mangeur de mots (1996), La Barbe-bleue (2005), Jeanne (2004) ou dernièrement Aagun (2009) et Bonne pêche (2009). Thierry Dedieu a obtenu le Prix Spécial Sorcières 2010. 
Son site : http://www.thierrydedieu.com/

Lorsqu'un renard devient papa


Tous ses petits canards, Christian Duda, Julia Friese, Ed. Etre, coll. "Grands Albums", 2008.
A partir de 5 ans.

Traduit de l’allemand par Violette Kubler.

Konrad, un renard affamé, va engloutir un œuf quand celui-ci donne naissance à un petit canard qui, aussitôt, l’appelle « Papa ! »
Le renard élève, bon gré mal gré, ce caneton qu’il nomme Lorenz, bien décidé à le dévorer quand il sera plus gras. Lorenz qui a grandi s’éprend d’Emma, une belle cane dodue. « De mieux en mieux », se pourlèche le renard… Sans se soucier du trouble qui le gagne peu à peu… Longtemps après, Konrad s’éteindra, entouré de l’affection des siens. Une belle fable.


Cet album est d’une profondeur et d’une gravité plutôt troublante dans la littérature de jeunesse. Le texte bon mais assez long est gouverné par des illustrations laissées parfois sous formes d'esquisses, avec les morceaux de papier collant qui font tenir sur une même double page plusieurs vignettes et les font ressembler à album souvenir ; temps narratif dilaté, pauses dans le récit sont donc au rendez-vous, fort heureusement.
Cette histoire est drôle (par exemple, lorsque le renard se met à couver les 5 oeufs) et triste à la fois. Non sans morale... en effet, peut-être que tout homme qui accède un jour à la paternité renonce (un peu tout de même) à son côté renard affamé... tout ceci avec humour et délicatesse.

Ce duo d’auteur et d’illustratrice est à renouveler pour notre plus grand plaisir.

Pour une analyse plus développée de cet album, je vous invite à consulter cette page :



Christian Duda est né en Autriche. À l'âge de quatre ans, il a été transplanté à l'Allemagne, aujourd'hui, il est connu sous le nom Christian Achmed Elkarim Gad, et il est athée et un citoyen allemand. Il a réalisé de nombreuses pièces de théâtre, et il a écrit trois romans, et bien sûr tous ses canetons. Il vit à Berlin, travaille comme metteur en scène et auteur.

Le blog de l'illustratrice Julia Friesehttp://www.juliafriese.com/

13 juin 2010

Un précieux petit trésor


Le Petit Voleur de Mots, Nathalie Minne, Les Albums Casterman, 2009. A partir de 5 ans.

Chaque soir, lorsque la nuit s’est installée, un personnage énigmatique se promène sur les toits du village : c’est le petit voleur de mots, venu faire sa moisson d’histoires et de mots nouveaux. Tout l’intéresse, tout le séduit : les mots colériques, les mots d’enfants, les rouges, les verts et même ceux qui sont impossibles à prononcer. Car une fois revenu dans sa cabane, le petit voleur de mots laisse les mots qu’il a récoltés en faire à leur guise, dans une grande sarabande festive. Plus tard, une fois la fête achevée, il les mettra en bocaux, en fera des tresses de louanges, des écharpes d’injures ou des chaussettes de mots savants… Mais un jour, il rencontre un petit garçon qui ne dort pas, et ils deviennent de grands amis. Le petit voleur de mots lui offre même son premier « merci », une première étape pas facile pour une petit garçon qui n’en a pas l’habitude. Puis, un autre jour, voilà que le petit voleur rencontre une jolie petite fille. Pour elle, il va dérober des mots nouveaux et précieux : des mots d’amour…
Extraits : "2 mots doux, 3 mouillés, 1 piquant et 2 chauds. Il mélange le tout et le jette en l'air. Et là, le hasard tresse des nattes de louanges, tisse des écharpes d'injures, tricote des chaussettes d'explications compliquées."
"Dans la cabane, les mots se mettent à gigoter et à chanter. Il y en a des petits qui sautent sur place, des tendres, des verts, des très gros rouges de colère et aussi des trop longs impossibles à prononcer…

Les mots se glissent dans tous les coins, s’accrochent aux murs, au plafond, aux meubles. Ils dansent la polka, la salsa, le cha-cha et la valse à mille-temps… La fête est réussie, mais petit à petit le sol se couvre de syllabes brisées, les mots gardent leur mystère."


Le petit voleur de mots permet de faire comprendre à l’enfant que les mots sont importants pour échanger avec les autres, pour créer des liens, ils sont aussi importants pour s’excuser ou remercier. Des couleurs chaudes, un style graphique cubique au pastel gras, à la linogravure et avec plein de papiers collés, viennent compéter un récit positionné tantôt à gauche, tantôt à droite de l'image.

Nathalie Minne est née au pays de Caux en Haute-Normandie, elle est ensuite venue s'installer sur Paris pour passer quelques années à l'Ecole supérieure de design, d'art graphique et d’architecture intérieure (ESAG Penninghen). Le Petit Voleur de Mots est son premier album jeunesse.

Observer le monde

 
Les voyages d'Hyppolite Podilarius, Maria Jalibert, Ed. Points de Suspension, 2002. 
A partir de 5 ans.

Cette fois-ci je suis bel et bien parti sur mon radeau, un vieux baluchon sur le dos.

Hyppolite Podilarius se décide enfin à partir en voyage. Il emporte avec lui, des carnets, quelques crayons et en souvenir, dans un petit coin de sa mémoire, un éclat du sourire de Céleste, volé un joli matin du mois de mai. Tout au long de son périple, Hyppolite va envoyer de ses nouvelles à sa bien-aimée. C’est à l’intérieur de petites coquilles de noix que seront racontées ses aventures. Céleste sera ravie et jettera en retour quelques bouteilles à la mer…

Ainsi, il part à l'aventure, il décroche la lune pour qu’elle puisse enfin se reposer ; il explore des lieux étranges comme ce cabinet de curiosités où l’on peut voir une collection de regards oubliés «par des spectateurs trop curieux, pressés de jeter un œil mais peu désireux de le récupérer» ou un lot de têtes appartenant à des spectateurs «qui la perdirent quand les miroirs se mirent à réfléchir».


Mais voyage-t-il vraiment ? Hyppolite est peut-être aussi un amoureux trop timide qui penché sur sa table de travail le soir confectionne des noix remplies d’histoires pour entrer en contact avec sa bien aimée ?



Un album sous forme de correspondances à la fois poétiques, drôles et parfois surprenants pour des illustrations en pleines pages, très colorées, faites de photographies, de peinture, de travail en volume (diverses matières assemblées et collées) qui façonnent les petits mondes imaginaires des personnages.

"Quand j'ai commencé à " habiter " ces noix" dit l'auteure, Maria Jalibert, "j'ai repensé au livre de Gaston Bachelard, La poétique de l'espace et aux divers coins, coquilles, tiroirs, coffres et armoires dont il parle si bien." A l’intérieur de la noix, un monde miniature est façonné en volume à l’aide d’une kyrielle de petits matériaux de récupération. Un univers parfois proche de celui du Magasin Zinzin de Frédéric Clément (chez Albin Michel), un côté polisson, sale gosse et récup’ en plus.
 
Ce livre a été édité avec le soutien du Conseil Régional du Limousin.

Maria Jalibert, est née à Castres en 1970. A Toulouse, elle a suivi quelque temps les cours des Beaux-Arts, puis le cours de la Garonne jusqu'à Bordeaux et enfin ceux de l'IUT des Métiers du livre. Sa grande aventure dans le monde de l'édition a commencé avec sa camarade d'IUT Claire Benedetti. Ensemble, elles ont l'idée de faire un abécédaire, un bestiaire littéraire. Le projet Yack'à lire de A à Zèbre est né, Claire maniant la plume de métal et Maria la plume de poil ainsi qu'une kyrielle d'autres instruments.

Son blog à découvrir : http://mariajalibert.over-blog.com/

7 juin 2010

La gardienne des secrets

Les secrets de Pétronille, Fabienne Roulié et Selma Mandine (ill.), Ed. Chocolat, 2008.
Dès 5/6 ans.

Combien de temps peut-on garder un secret ? Pétronille est une petite fille qui en sait long à ce sujet : elle est collectionneuse de secrets. Elle en connaît des centaines, plus mystérieux ou croustillants les uns que les autres. Mais les secrets de Pétronille finissent par lui occuper tout l’esprit, l’empêchent de dormir, et menacent de s’échapper à tout moment. Craignant de ne plus pouvoir les contenir, elle décide de s’en débarrasser… Mais comment faire ?
C'est alors que tous les secrets se mélangent, poule, carpe, petite souris et marchand de sable... Après plusieurs nuits sans sommeil, Pétronille trouve une solution pour chasser des secrets qui deviennent de plus en plus lourds à porter.



Extrait :
La nuit, les secrets réveillent Pétroline et l'empêchent de dormir.
Le renard se met à courir après la poule,
La carpe mange des bonbons,
Le dentiste récite des poèmes à la souris,
sans parler du marchand de sable
amoureux d'un oeuf...

Sur fond de papier kraft, des petits bouts de scotch soulignent certains mots et objets et font ainsi le lien entre ce texte léger et des illustrations poétiques et cocasses.

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Rédactrice pour la presse et la communication, Fabienne Roulié signe son premier livre avec cette histoire tendre et poétique.

Originaire de Hong-Kong, Selma Mandine née en 1973, est diplômée du Bachelor of Arts (Hons) degree in photographic design. Oeil d'ailleurs vous a déjà présenté l'album Mon premier cauchemar (2009) où S. Mandine se présentait cette-fois en tant qu'auteure et illustratrice.

3 juin 2010

Le lait maternel et la proximité mère-bébé


On a volé mes tétés, Christelle Vaudour, Daphné Dejay, Terres du Réel éditions, 2005. Dès 1 an.

Le bébé est là, entouré de ses parents, visiblement dorloté et choyé. Une seule chose lui manque, les tétés de sa maman. Ils étaient pour elle source de tant de réconfort, de vie et de bien-être. Mais un jour, on lui que c'est fini. Sont-ils partis se promener, se reposer, se faire bronzer? Peu importe, plein de choses sont à croquer!

EXTRAIT :
Quand cela est arrivé, j'étais toute affolée
Partout je les ai cherchés
Un matin on m'a dit "il n'y a plus de tétées"
Mais où sont ils passés ?
Les plus beaux tétés du monde
Depuis que je suis née, je les connaissais

Des tétés qui souriaient
Qui a bien pu me les voler ?
Un ange est il venu les chercher ?
Sont ils partis se promener ?
Sont ils partis se faire bronzer ?
Sont ils partis se reposer ?
Je ne les ai plus retrouvés ...
Alors au revoir les tétés ...
Maintenant, j'ai toute la vie à croquer !



Ce livre sur l'allaitement mais surtout sur le sevrage est un retour à la magie de l'enfance, il retrace le parcours d'un petit enfant sevré du lait maternel de maman. Les illustrations sont une invitation à rêver, le texte est sensible et poétique. Un album rare à partager avec nos bambins, très attirés par les couleurs éclatantes et les formes rondes des images, symboles de bien-être, de vitalité et de beauté.



Diplômée des beaux-arts, Daphné Dejay est illustratrice et photographe reconnue. Elle exerce son art dans différents domaines, dont l’édition de livres sur les enfants et elle développe son travail photographique autour du corps humain. Voici le blog de l'illustratrice Daphné Dejay : http://illustrations.daphnedejay.com/accueil/illustration_accueil.php


Les Editions Terres du Réel
75013 PARIS
(Maison d'édition créée en 2005)

Un bébé dans le ventre de maman

Je veux retourner dans le ventre de maman !
Thierry Robberecht, Philippe Goossens (ill.), Ed. Mijade, 2006. Dès 3 ans.

Aujourd'hui, jour de l'anniversaire de ses cinq ans, une petite fille a décidé de retourner dans le ventre de sa maman, un lieu sûr et douillet, qui attire les remarques et les caresses de tout le monde ! Elle réalise toutefois que cela ne présente pas que des avantages lorsque ses amies sonnent à la porte, les bras chargés de cadeaux...


C'est un petit frère ! Dans le ventre de maman, tout semble aller pour le mieux... La petite fille se dit ainsi que dans une telle situation, elle ne serait plus obligée de se lever pour aller à l’école, que si on a envie de spaghetti, il suffit d’y penser très fort, qu'on peut regarder la télé par le nombril, et rester tard le soir pour écouter les grands. L'inconvénient majeur, c'est que dans le ventre, on est prisonnier, on ne peut pas aller où l’on veut !
La maman va aider son aînée à prendre conscience de ses craintes, la rassurer et valoriser son autonomie. Une situation souvent rencontrée par les parents, illustrées de manière chaleureuse, avec des mots simples et un style direct.


Thierry Robberecht est né en 1960 à Bruxelles. Il a commencé à publier chez Casterman dans la collection "Tapage" d'abord auteur de romans jeunesse dans les années 90... Il est également parolier.

Philippe Goosens est né à Bruxelles en 1963. Il a suivi les cours de l'Institut Saint-Luc. Il a publié en France et dans divers pays d'Europe.

Leurs derniers albums : Super Albert, publié chez Mijade en 2010, Eva et Lisa au Père Castor Flammarion, 2010, Le Phare du bout du monde,chez Mijade, 2008.

Doudou perdu

Théo et Croco aux objets trouvés, Michael Rosen, Joel Stewart (ill.), Ed. Nord-Sud,
Collection "Grands Albums", 2009. A partir de 3 ans.

Traduit de l'anglais par Martine Desbureaux.

Pas facile de retrouver le chemin de sa maison dans l'immensité de la ville ! Avec ses deux nouveaux amis, un croco grincheux et une chatte folle de camembert, Théo le petit ours relève le défi ! Un inattendu road-movie commence...

Voici l'occasion d'initier nos enfants à la BD avec cet album aux vignettes et au récit à bulles sur des illustrations douces, en pleine page. Deux doudous perdus : un Croco grincheux mais touchant et Théo, un brave petit ours en peluche perdu lui aussi, enfin il a été oublié par "Lucie" dans le train. Alors que Croco est déjà aux objets trouvés, Théo découvre son nouvel espace tout noir, il pleure mais son nouvel ami va l'aider ! Ils décident de s'enfuir... Humour, suspense et émotion sont au rendez-vous !

Impossible de faire l'impasse sur Michael Rosen...
Qui ne connaît pas La Chasse à l'ours  ? (Illustré par Helen Oxenbury)... 
Né en 1946 à Harrow, en Angleterre, reporter radio, Michael Rosen est également romancier et poète. Il a écrit de nombreux albums pour la jeunesse. Il est aujourd'hui considéré comme l'un des plus grands poètes de sa génération. Il vit à Hackney à l'est de Londres. M. Rosen a été nommé en tant que cinquième du lauréat enfants en Juin 2007, succédant à Jacqueline Wilson, et a tenu cet honneur jusqu'en 2009. Son site à visiter absolument : http://www.michaelrosen.co.uk/


Pour en savoir plus sur l'illustrateur Joel Stewart, veuillez consulter son site : http://www.joelstewart.co.uk/ et son blog : http://joel-stewart.blogspot.com/




2 juin 2010

Le rejet


L'étrangère, Emmanuelle Delafraye, Isabelle Malenfant, Ed. Les 400 coups, 2009.

Dans un village lointain, les sorcières remontent à la surface des puits les nuits où les hommes, perdus dans leur colère, les appellent. Du moins, c'est ce que racontent les grands-mères. La fille blonde venue du Nord nouvellement arrivée, n'a pas oublié les histoires de sa grand-mère. Surtout quand les enfants du village lui lancent des cailloux, l'appellent l'Étrangère et se moquent d'elle. Or, une nuit, penchée au-dessus du puits, en dépit des mises en garde de la fontaine et des vieilles pierres, elle convoque la sorcière pour se venger de ses ennemis.


L’histoire de cette petite fille qui arrive avec sa maman dans une ville du sud et qui est tout de suite considérée comme une étrangère par les autres enfants, nous parle de vengeance, de sorcellerie et tout simplement d'une aventure humaine qui débouchera sur une belle amitié. Mais cette histoire met également en lumière la jalousie et l'envie, sources d'inspiration et de bien des bêtises.

Un très beau livre, servi par de magnifiques illustrations d'Isabelle Malenfant, jouant des couleurs, elle passe avec aisance de la tourmante à un monde paisible et lumineux...
L'album a reçu le Prix Illustrations Jeunesse au salon du livre de Trois-Rivières 2010, au Canada (le site du Salon : http://www.sltr.qc.ca/index.html).



L'auteure Emmanuelle Delafraye, habite dans le Sud de la France, elle est institutrice et passionnée ! Son site : http://www.emmanuelle-delafraye.fr/

L'illustratrice Isabelle Malenfant est diplômée en Design graphique de l'Université du Québec à Montréal, où elle vit avec ses deux enfants. Son site : http://www.isabellemalenfant.com/

Quand les enfants sont meilleurs que les parents

Petit ogre veut un chien, Agnès de Lestrade,
Gaëtan Dorémus (ill.), Nathan, 2005. Dès 3 ans.

Petit ogre veut un chien pour ami. Papa ogre veut un chien... pour repas. Mais petit ogre n'est pas né de la dernière pluie...

© ill. Gaëtan Dorémus.

Un album redoutable, qui plaît aux enfants, sûrement par rapport à sa démarche d'apprentissage inversé puisqu'ici c'est l'enfant (le fils) qui se retrouve dans le rôle de "sage", le père étant incapable de résister à ses pulsions, dans l'impossibilité de se raisonner. Mais au fait, vous avez déjà vu une famille d'ogres en ville vous ?
Le teint vert, les dents espacées, le papa représenté surtout par son ventre protéiforme, va être bien puni quand le «docteur des pompiers » lui coud la bouche ; un mal nécessaire sans aucun doute !

© ill. Gaëtan Dorémus.
Agnès de Lestrade est journaliste, animatrice en musique et en arts plastiques. Oeil d'Ailleurs vous a déjà présenté l'album Bobos de l'auteure, publié aux éditions Milan Jeunesse.
Les derniers livres d'Agnès de Lestrade sont : Arto et la fée des livres (2010) ; Mes géants mes parents (2010) ; Mon coeur n'oublie jamais (2010).

Gaëtan Dorémus est né en 1976 à Lille. Diplômé de l’Ecole supérieure des Arts décoratifs de Strasbourg en 1999, il est aussitôt remarqué et commence à travailler pour la publicité et la presse. Des revues comme Astrapi, Télérama ou Libération font ainsi régulièrement appel à lui. Ses livres (et il y en a beaucoup) sont édités aux éditions du Rouergue, Didier Jeunesse, Nathan et le Seuil Jeunesse. Son site : http://gaetan.doremus.free.fr/

Image de soi, hérédité



Le même nez que pépé, Karine Mazoyer, Autrement Jeunesse, 2000. Dès 3 ans.

"Cher Père Noël, moi, ce que je voudrais bien à la place de mes petits yeux de hamster trop vieux, c'est des grands yeux bleus qui brillent avec des grands cils noirs comme ma copine Manuella..." Cette petite fille rêve d'avoir les yeux de sa copine Manuella, la bouche de sa cousine Tiffany des États-Unis, les cheveux de la fille du pâtissier... Mais tout cela n'irait pas du tout avec son nez ! Et son nez, elle veut vraiment le garder, car c'est le même que son Pépé, sa tante Alizée et son petit frère Hervé...


Pour une analyse détaillée de l'album, je vous invite à consulter le lien suivant  d'une conseillère pédagogique de l'académie de Metz/ Nancy :


Karine Mazoyer auteure et illustratrice est née en 1973 à Angers. Après des études de psychologie à Lyon, elle se lance dans des études d’arts plastiques à Saint-Etienne où elle vit actuellement. Le même nez que pépé est son seul album (à ma connaissance du moins).