28 déc. 2010

De bric et de broc : la créature

 Sentimento, Carl Norac, RébK Dautremer, 
Ed. Bilboquet-Valbert, 2005. A partir de 7 ans.

 Un cirque passa au loin.
La voix dans le haut-parleur cria : " Sentimento, le cirque des pays chauds ! Venez réchauffer vos cœurs glacés par l'hiver au cirque Sen-ti-men-to ! "

© illustration de Rébecca Dautremer.

Aux frontières de Pinocchio et de la créature de Frankenstein, Monsieur Stein, un marionnettiste, créa après plusieurs échecs "Sentimento" qu'il voulait à son image "ce sera mon double, en pantin !" se dit-il. Trop fatigué pour poursuivre sa fabrication, M. Stein laissa son invention de côté, sans se douter qu'elle allait prendre vie toute seule ! A ce stade ce n'était encore qu'un "monstre" selon les termes de M. Stein qui était vraiment très déçu. Le pantin essaya de  briser la glace, de le séduire mais rien n'y faisait, il n'avait plus qu'à partir définitivement.
Il se donna lui-même un nom, celui de "Sentimento" car ce fut  tout simplement le premier mot qu'il entendit dans les rues froides, en plein hiver et que "Sentimento" était justement un cirque des pays chauds !
Rejeté, les gens qu'il croisait étaient effrayés par son apparence. Certains lui jetèrent même des cailloux. Tous semblaient le juger. C'est alors que dans sa fuite, il rencontra une petite fille nommée Selma. Elle était un peu spéciale, un peu sorcière, Selma faisait danser les lumières.  
Cette belle amitié naissante prit rapidement fin face à la bêtise humaine. Sentimento qui ne cherchait qu'un peu de chaleur fut chasser par des chiens, par des tirs... "Le pantin à la voix d'oiseau s'était envolé en petits morceaux." La marionnette ne manquait pourtant pas de coeur, si bien qu'en  quittant cette terre, "son écharpe partit dans le vent avec lui", elle rattrapa les douces épaules de Selma.

© illustration de Rébecca Dautremer.

Voici un duo d'excellence Rébecca Dautremer et Carl Norac  travaillant ensemble autour d'un album poétique et sensible. Par contre, le petit bémol est que la page de couverture laisse penser que ce livre est lié au monde du cirque alors qu'en fait pas du tout ! Le cirque ne fait que passer dans le paysage. Toutefois, le grand format (25cm x 35cm) nous permet d'admirer sans contrainte, les belles illustrations colorées de Rébecca D. La typographie est elle-même travaillée, fine et dentelée (ce qui est agréable mais il faut être bon lecteur pour pouvoir s'y faire aisément).
Le texte relate ce besoin d'aimer, d'être aimé, il rend hommage à la différence, fait éloge à la tolérance. Cette histoire d'amitié, triste et sordide plaira peut-être plus aux grands voire aux adultes.

Je ne vous présente plus les deux artistes concernés. Plusieurs billets ont été rédigés à ce sujet sur ce blog dont pour Carl Norac : Tête en l'air ; Un secret pour grandir ; Mon meilleur ami du monde... pour Rébecca Dautremer : Babayaga ; Nasreddine ; Kerity...

27 déc. 2010

Pas si mignon que ça...

 La colère d'Albert, Françoise Laurent, Pascal Vilcollet, 
Ed. du Ricochet, 2008. Dès 3 ans.

C'est mignon et gentil, "Bibi", mais seulement si c'est Nénuphar qui le dit. L'entendre de ses amis met Albert hors de lui. Et là, plus de "Bibi" ! Place à "Bébert", "Bébert le méchant", "Bébert le terrible".
Un prénom, deux visages, un équilibre à trouver.
Les illustrations aux couleurs vives et vibrantes par ce rouge omniprésent, entourent  avec beaucoup d'esthétisme les deux personnages principaux de cet album : un frère (Albert) et sa soeur (Nénuphar). Présentés sous des traits bien tendres, ceux des petits enfants, Albert est protecteur, tendre et soucieux du bien-être de sa petite soeur. La scène se déroule principalement à l'école, au moment d'une récréation. 
Albert surnommé "Bibi" par sa petite sœur (qui aime beaucoup les baisers) est confronté aux constantes moqueries de ses camarades à ce sujet. Mais là, trop, c'est trop... Au moment  où un ballon percuta violemment sa tête, ce petit lapin habituellement si gentil se mit à se transformer radicalement, jusqu'à en devenir totalement effrayant ; monstrueux même !

Ses canines s'allongèrent, au bout de ses pattes des griffes acérées apparurent, Albert laissait désormais place à "Bébert", le méchant. Il était dans un tel état, prêt à tout écraser sur son passage. Seule Nénuphar était apte à lui rendre son visage d'avant. 
Finalement, cette dualité dévoilée fit qu'il réussit à obtenir le respect des copains et  à redevenir tout simplement lui-même, simplement Albert !
© illustration de Pascal Vilcollet, Eds du Ricochet. 

Françoise Laurent est née en 1956 au Maroc, elle est arrivée à Nice à l’âge de six ans. Elle a suivi des études de comédienne. Vers ses 30 ans, elle est devenue illustratrice. Elle a commencé à écrire en 97/98. Son dernier album s'intitule Les mots toqués (Editions du Ricochet, Les Alizés) a été publié en 2009.
Pour en savoir plus, découvrez son site : http://franlaurent.e-monsite.com

Pascal Vilcollet est né à Melun en 1979 et je vis à Pontault-Combault, aux portes de Paris. Illustrateur jeunesse, il dessine aussi pour la presse jeunesse (Milan presse, J'apprends à lire, Toboggan, Fleurus, Turbulences) et pour l'édition (Milan édition, Fleurus et Kaléidoscope). Je travaille aussi dans la publicité comme story boarder et rough man.
http://www.pascalvilcollet.com



Le blog des Editions du Ricochet : http://ricochet.over-blog.net

26 déc. 2010

Figure anthropomorphe


Ibou Min' et les tortues de Bolilanga, 
Franck Prévot, Delphine Jacquot, Editions Thierry Magnier, 2009. A partir de 8 ans.

Sur l'île de Bolilanga, en Indonésie, les villageois protègent les tortues depuis bien longtemps. Depuis ce jour lointain où Ibou Min', jeune femme aimée de tous pour sa gentillesse, devint elle-même une magnifique tortue...

© illustration de Delphine Jacquot, Eds Thierry Magnier. 

Ibou Min' était une jeune femme mariée à un pêcheur de tortues. Toujours souriante, très proche de son fils (unique) et disponible pour aider les autres, elle était aimée de tous. Dans son village, chacun la surnommait "Ibou" qui signifie "la mère".  
Un jour, alors qu'elle et son fils partirent pêcher, ils disparurent en mer. Peu de temps après, des villageois aperçurent sur l'île de Bolilanga, une tortue au visage semblable à celui d'Ibou Min' et suivie par une autre tortue plus jeune. 
Bien qu'en temps de famine, les tortues (autrefois si rares) devinrent de plus en plus nombreuses. Les villageois comprirent alors que leurs enfants décédés se trouvaient désormais auprès de Min' qui veillait sur eux. 
Depuis, plus un seul pêcheur de  Bolilanga ne touche aux tortues. Elles sont devenues sacrées.
© illustration de Delphine Jacquot, Eds Thierry Magnier. 
Extrait : "Aujourd'hui encore, dans ce village du golfe de Tomini, il est tabou de chasser ou même de déranger une tortue, et quelques anciens perpétuent la coutume. A chacun de leurs passages, ils déposent une noix de coco ouverte sur la plage de Bolilanga."
Les illustrations sont délicates, elles retranscrivent avec soin ce que nous pourrions imaginer de cet esprit asiatique et océanien qui ressort très bien de ce livre enluminé. Le format très allongé de cet album vient accentuer encore plus son aspect précieux. Dommage que la typographie ne soit pas elle-même un peu plus travaillée, mais ce n'est pas l'essentiel de ce qu'il y a à retenir de ce livre qui à travers un récit légendaire, défend ou du moins nous informe avant tout de la nécessité de protéger l'environnement et les espèces rares.


L'auteur Franck Prévot a vécu un an sur cette île indonésienne, auprès d'habitants sensibles à la sauvegarde de leur faune et de leur flore. Un roman en parallèle de ce conte a été écrit pour les plus grands, sous le nom Les tortues de Bolilanga.

Quelques pistes pédagogiques de cet album sont à télécharger sur le site des éditions Thierry Magnier (un clic sur le titre de ce message pour y accéder directement).


Oeil d'Ailleurs vous a déjà présenté Paradiso (publié aux éditions L'Edune) de Franck Prévot et Carole Chaix.


Delphine Jacquot est illustratrice. Née en 1982, elle a suivi une formation de Dessinateur-Maquettiste et 3 années en Communication aux Beaux-Arts de Rennes. Elle a profité d'un échange Erasmus pour s'orienter vers l'illustration jeunesse et a obtenu son diplôme aux Beaux-Arts de Bruxelles.

23 déc. 2010

Amusez-vous bien !





Le Blog Oeil d'Ailleurs 
vous souhaite de  passer de
Joyeuses Fêtes  

A très bientôt avec plein de nouveaux livres !!


Photos : Vitrines de Noël 2010, Galeries Lafayette, Paris.

22 déc. 2010

Accepter l'aide d'autrui



Il était une fois deux oies dans une maison en feu, Martin Baltscheit et Ronan Badel (ill.), P'tit Glénat, Coll. "Vitamine", 2009. Dès 4 ans.

Texte français de Bernard Friot





Présentation de l'éditeur : 

Pas si bêtes, les oies ? Malheureusement pas !
Un conte animalier tordant et mordant à souhait. Il était une fois Anna et Emma, deux oies bêtes comme pas deux qui vivaient sous le même toit. La vie était belle ! Elles se cuisinaient des oeufs au plat. Quand soudain leur maison de paille s’embrasa. Vite ! Au secours ! Quelqu’un ! Mais qui ? Car il y a de nombreux animaux capables d’éteindre un feu ! Mais foi d’oie, c’est parfois très difficile de faire un choix ! Car en effet nos deux oies ne font confiance à personne alors qu’elles sont en péril : ni à l’éléphant – qu’elles trouvent trop lourdaud – ni au taureau – trop fiérot – ni encore au renard – bientrop filou... et la liste est longue ! Et les flammes grandissent pendant ce temps-là ! Avec Anna et Emma, les deux oies les plus bêtes qui soient, bienvenue dans un petit conte animalier qui aiguillera les enfants, avec un humour ravageur, sur la sagesse, l’humilité et la nécessité de savoir accepter l’aide d’autrui.






© illustration de Ronan Badel, Eds P'tit Glénat. 
Extrait : 
"Dans une maison vivent deux oies très bêtes, mais vraiment très bêtes ! Comme toutes les oies, elles passent leur temps à cancaner, à radoter, à bavarder, et cuisent leurs propres oeufs sur un feu au beau milieu de la cuisine. Oui, au milieu de la cuisine !
Naturellement, le toit de paille prend feu (...)." 
Au feu !! Anna et Emma les deux oies auraient du appeler au secours mais au lieu de passer à l'action, elles n'ont fait que juger et dénigrer les autres ("Le renard ? On ne t'a jamais dit qu'il mange les oies ? Tout ce qu'il attend, c'est que la maison soit cramée et nous rôties et bien dorées (...)"). 
Vraiment trop têtues ces deux-là ! Le feu prenait de l'ampleur, elles commencèrent par perdre leur maison puis, par orgueil et par manque de confiance envers leurs congénères, ne souhaitant pas accepter l'aide d'autrui, à la fin, les flammes eurent raison d'elles (et oui, le scénario est osé mais bon). 
Dans le paysage, il ne restait plus qu'un tas de cendres. 
La lecture de cet album est un vrai moment de rigolade. Décidément dans la littérature jeunesse, les oies sont bien nigaudes (réf. à Pétunia de Roger Duvoisin ou à Bête comme une oie de Jack Kent)...


 Cet album a reçu le prix du Jury Jeunes Lecteurs Le Havre 2010.

Martin Baltscheit est né en 1965 à Düsseldorf. Il a étudié le Design à l’École des Arts Folkwang à Essen. Il est l’auteur de nombreux livres pour enfants dont L’histoire du lion qui ne savait pas écrire et Il était une fois deux oies dans une maison en feu, mais il écrit également beaucoup de pièces de théâtre, des pièces radiophoniques, des scénarios de dessins animés... Martin Baltscheit vit à Düsseldorf.
Son site : http://www.baltscheit.de

Ronan Badel est né le 17 janvier 1972 à Auray en Bretagne. Diplômé des Arts Décoratifs de Strasbourg, il s’oriente vers l’édition jeunesse comme auteur et illustrateur. Il publie son premier ouvrage aux éditions du Seuil jeunesse en 1998 mais travaille également, entre autres, avec les éditions Gallimard, Milan, Autrement... Après plusieurs années à Paris où il enseigne l’illustration dans une école d’art, il retourne s’installer en Bretagne pour se consacrer à la création d’albums jeunesse. En 2006, il publie sa première bande dessinée Petit Sapiens dont il signe les textes et les dessins.

21 déc. 2010

Gardiens protecteurs de l'univers

Manasa - légendes de serpents indiens
Gita Wolf, Ianna Andréadis (ill.), 
Musée du Quai Branly, 2010. Dès 10 ans.


Traduction : Elisabeth Foch

Les serpents et les histoires sont intimement liés dans les traditions hindouiste et bouddhique. À travers symboles et allégories, ils expriment une multitude de sens qui muent et évoluent à travers le temps, à travers l’espace ; une histoire sans fin.


Ce conte légendaire issu du folklore indien, narre l'histoire des dieux et déesses des serpents de manière chronologique. L'album rend hommage aux forces et aux attributs des serpents (morsure venimeuse, etc.). Le combat fait rage dans ces quelques pages, par exemple, contre "Indra" où bien que vaincus, les serpents furent rendus victorieux par le peuple, décidant ainsi qu'ils deviendraient les gardiens des quatre points cardinaux du cosmos. A jamais, le pacte fut scellé entre les serpents et les hommes. 
Chacun à sa place pour vivre en paix, dans l'harmonie, ensemble. 

Extrait : "L'expérience de la souffrance est la porte d'entrée pour pénétrer la "dukkha", la nature imparfaite de toute chose. Seules notre ignorance et notre folie nous font craindre les serpents. Tous les êtres vivants sont victimes de leur manque de sagesse : les serpents mordent parce qu'ils sont effrayés".


© Editions Musée du Quai Branly. 

Puis, il y a les serpents à l'origine des mondes. Récit faisant la genèse des temps anciens où les serpents étaient vus comme diaboliques que les Dieux affrontaient tantôt avec crainte, tantôt avec une insolence rare (tel Krishna dans l'eau du lac). 

D'autres divinités dont "Kadru" allèrent jusqu'à devenir les mères de serpenteaux. Tout autant, la fille du Roi des Nagas "Ulupi" et le guerrier Arjuna donnèrent naissance à un bébé destiné à vivre sur terre. 

L'histoire oscille ainsi entre lien de parenté et d'inimité ! 

Masana, la déesse hindoue des serpents était celle dont le pouvoir n'était à l'origine pas reconnu. Par la suite, adorée principalement dans le Bengale et dans d'autres parties du nord-est de l'Inde, elle est évoquée principalement pour la prévention et le traitement des morsures de serpent et aussi pour la fertilité et la prospérité.
Masana était une déesse réputée exigeante mais facile à satisfaire, elle souhaitait juste être vénérée et savait se faire entendre...

Esprits et forces obscures s'affrontaient bien souvent jusqu'à la morsure fatidique ! 

Serpents sacrifiés, serpents héroïques, dans les légendes, les protagonistes cherchaient subséquemment à être apaisés. A ces fins, les reptiles se transformaient, ils prenaient parfois forme humaine pour séduire de belles jeunes femmes et rendre ensuite leurs ventres bien ronds. Amant-serpent, protecteur-fertile, ils souhaitaient s'inscrire dans le cycle éternel des rites et des échanges, des paradoxes, des vengeances et des sacrifices, oeuvrant également pour l'amour et la tolérance. Les serpents sont aussi les ennemis des rapaces (des aigles notamment), qu'ils affrontent au sein du récit merveilleux et populaire. 

© Editions Musée du Quai Branly. 

Imprimé en Inde (chez AMM Screens), l’ouvrage est somptueusement illustré. En quelques traits noirs et bleus légèrement abstraits, le serpent s’anime, se noue, s’imprègne de son environnement. Le dessin de manière générale, nous rappelle le côté symbolique voire belliqueux du texte. Présenté sous forme thématique cet album est facile à lire mais il faut tout de même prendre le temps de se plonger dans un univers et une culture lointaine. Le livre est cependant clair, simple, expressif et beau.

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Gita Wolf est l'auteure d'une douzaine de livres pour enfants. Elle a enseigné la littérature comparée, avant de se tourner vers l'édition. Elle compte aujourd'hui parmi les figures les plus créatives de l'édition indienne. Voici quelques titres d'albums de G. Wolf : Faire (Rue Du Monde Eds, 2010), Dans le noir (Tourbillon, 2004), La Petite Sirène (Syros Jeunesse, 2009), Antigone (Milan, 2003), Singe photographe (Actes Sud Junior, 2010).


Ianna Andréadis est née à Athènes en 1960. Elle est peintre et photographe. Elle  a réalisé le projet international intitulé "le monde autour d'une flamme" pour les Jeux Olympiques d'Athènes en 2004, ainsi que "chantier ouvert au public", récit photographique de la construction du musée du quai Branly. En 2006, son livre Dias/ tonaltin, publié au Mexique par Petra Ediciones, a eu le prix "Nouveaux horizons" à la foire du livre de jeunesse de Bologne. Son site : http://ianna.online.fr

Petites astuces de dernière minute...

Noël à l'envers, Nathalie Infante, Ed. Marie Louise, Coll. Roll Story, 2010.
(grand format). A partir de 5 ans.

Des histoires à dérouler et qu'on peut afficher ! 

Voici un petit conte de Noël qui commence sous la terre. Les petites fourmis vont rendre un bien grand service au Père Noël. En effet, ce dernier a oublié de distribuer les cadeaux dans la maison voisine de la fourmilière. Tout va être bousculé à l'arrivée du courrier...


Extrait : "Pas de cadeaux de Noël dans une demeure ? A tous les coups tu meurs ! Dit Léon tput en regardant l'heure. Vite ! Posons éponges et torchons, laissons guirlandes et décorations et passons à l'action !"


© Editions Marie-Louise, 2010.


Raconté en rimes ces quelques pages montrent des occupants dynamiques, aux expressions fort parlantes. Ce conte joue sur la manipulation des mots (vraiment très drôles) en même temps que du livre accordéon. Le fond rouge rappelle bien évidemment la période de Noël. Ici, toute la créativité des petits insectes est mise en avant. Les fourmis sont dévouées et très débrouillardes.

© Editions Marie-Louise, 2010.


Voir également une autre chronique sur les albums des éditions Marie-Louise sur ce blog : http://oeildailleurs.blogspot.com/2010/11/histoire-derouler.html

20 déc. 2010

Du caprice à la raison

La neige fond sur ton coeur. Alixe Schmitzberger, Sidonie Hollard, 
Ed. Petites Vagues-éditions, Coll. "Vague à bond", 2009. 
A partir de 6 ans.

Pour combler leur petite princesse si fragile, le roi et la reine sont prêts à tout : demander leurs feuilles aux arbres, leurs plumes aux oiseaux, leurs nuages au ciel, mais cela suffira-t-il à la sauver ? Le vrai cadeau, le seul, celui qui fait battre un coeur, c'est l'amour.

© Petites vagues éditions, 2009.

Une petite princesse malade et bien trop gâtée, avait franchement besoin de rêver à l'approche des fêtes de fin d'année. Mais quel cadeau pourrait bien lui faire plaisir ? 
En fait, elle n'avait pas vraiment besoin de faire des caprices puisque ses parents, le roi et la reine qui étaient très angoissés par la maladie de leur fille, anticipaient tous les désirs de la petite. Ils souffraient de voir cette triste réalité et se posaient beaucoup de questions, souhaitant avant tout améliorer la vie de celle-ci. 
La chère enfant voulait un petit palais pour elle toute seule. Il devait être "douillet comme un nid d'oiseau". Toujours à l'écoute des émotions de leur progéniture, pour répondre à sa demande, ils furent dans l'obligation de faire appel à un magicien. 
Commença alors une belle aventure, faite de rencontres avec la nature et les éléments naturels. Un voyage céleste mènera enfin notre princesse vers plus de sagesse et de philosophie. Finalement le plus beau cadeau, c'est la simplicité des relations et  le fait de pouvoir aimer librement, sans plus attendre. Tout est bien qui finit bien.

Le thème principal de l'album, la maladie, est abordée sous l'angle du vécu  mais plus de celui des parents que de l'enfant. La fillette étant vue pour ce qu'elle est, c'est-à-dire une petite princesse ! On ressent assez bien les craintes et la détresse de ces deux adultes.
Les illustrations sont douces, féériques et colorées.

Simone Schmitzberger alias Alixe est auteure d'histoires et romans publiés chez Bayard et Flammarion, de romans et nouvelles (bientôt!) publiés. Journaliste à L'Est Républicain.
Son site : http://contes-litteraires.blogspot.com

Sidonie Hollard est une artiste spinalienne qui peint et fait des sculptures depuis de nombreuses années. Elle expose réguliérement et travaille aussi avec les écoles. 
Allez visiter sa page sur le site suivant :  
http://www.lesquat.com/sidoniehollard/index.html

Morphologies et spécificités des êtres vivants

Ménageries, Aurore Petit, Ed. Thierry Magnier, 2008
A partir de 7 ans.

Quand l'Homme et l'animal échangent leur place...

© Aurore Petit, Eds Thierry Magnier.
Hommes et bêtes forment souvent de curieux couples, empreints de soumission, d'intérêt ou d'affection. Ici les rôles et les genres sont mélangés avec beaucoup de finesse et d'humour. Les textes sont très courts et s'exposent sous forme de dialogues :

- Ne ris pas trop fort de moi. C'est de toi, au fond, qu'il s'agit. (...)
- Le pauvre, il est enfermé ! Le pauvre, il est enfermé ! répète le perroquet.

© Aurore Petit, Eds Thierry Magnier.

Tout au long du récit, l'album s'organise de la même manière : à droite les illustrations, à gauche, les textes. Les images à la ligne épurée, sont statiques et déposées sur la page de ce livre au petit format (14 x 20 cm). Les couleurs viennent renforcer les contrastes entre l'Homme et l'animal. Certaines phrases sont par ailleurs surlignées par un rappel de couleurs. Ce livre d'images est presque un bestiaire pour les grandes personnes. Le réalisme des êtres vivants est époustouflant, avec des propositions de réflexion surprenantes et  parfois vraiment intéressantes. Un livre original donc, peu conventionnel, à la vision plutôt "futuriste".

Aurore Petit née en 1981 à Troyes a grandi en Haute-Savoie. Elle a suivi ses études à Strasbourg, à l'ESAD. Ménageries est son premier album comme auteure-illustratrice. Aurore Petit a illustré quelques contes Hébreux (Actes Sud Junior, 2008), elle dessine aussi pour la presse, pour Le Monde notamment. 
Nils et la prophétie, écrit par Kawthar Mhammedi, est son dernier album illustré (Ed. Mouck, 2010)Elle habite actuellement sur Paris.
Son site : http://petitaurore.wordpress.com

17 déc. 2010

Antihéros vs gothique


La monstrueuse histoire d'un petit garçon moche 
et d'une petite fille vraiment très laide. Ludovic Huart, Fabrice Backes, 
Ed. Des Ronds dans l'O, 2010. 
A partir de 9 ans.

Une nuit d'orage, surmontant sa peur du noir, un petit garçon moche décide de s'enfuir par la lucarne du grenier pour mener sa propre vie. En chemin, il fait la connaissance d'une mystérieuse petite fille vraiment très laide et décide de poursuivre sa route avec elle...
Conte moderne où les angoisses, les rêves, les cauchemars prennent vie sous des apparences singulières, montrant la Peur sous son visage le plus noir. Un livre pour les vilains gamins et pour tous ceux qui sommeillent en chacun de nous...
© Fabrice Backes, Eds Des Ronds dans l'O.


Lulu, c'est le nom de ce petit garçon (qui était donc très moche) fut rejeté par ses parents dès sa naissance. Il vivait enfermé dans le grenier qui lui servait de chambre. Le couple était désespéré. Afin de "réparer" les choses ou plus exactement, dans l'objectif de cacher un peu plus cet "horreur" (de fils), ils comptèrent plus que jamais sur l'arrivée d'un nouveau bébé. Et ils furent comblés par deux beaux enfants : un garçon et une fille, des petits jumeaux ! 
"Dans la maison, leur beauté redorait l'avenir et mettait fin à l'effroyable descendance"
Pourtant ces deux "gamins" étaient vraiment terribles, ils grognaient, torturaient les insectes, les animaux, cassaient leurs jouets... alors que Lulu, si sage, était seul, tout seul, tout le temps tout seul. 
Pour se protéger un peu des autres notamment des camarades d'école, Lulu aimait passer pour plus monstrueux qu'il ne l'était. Impossible d'empêcher ce type de réaction et sachant que Lulu ne pouvait devenir un autre, ses parents lui fabriquèrent un masque en tissu, le condamnant à vivre dans un monde profane. 
Lulu, l'enfant du grenier, était oublié de tous, à tel point que lorsque la guerre fut déclarée dans le monde, ses parents s'enfuirent sans même se soucier de lui. 
Le garçon se constitua le plus précieux des trésors de guerre afin de partir à son tour sur les champs mener sa propre bataille. 
Lulu dans son rêve entendait une voix lointaine l'appeler. Il s'agissait d'une petite fille vraiment très laide (décidément), elle avait besoin de lui. A son réveil, la guerre était terminée, le paysage désertique cachait ses morts dans les cimetières ici-bas...
Le monde extérieur était devenu très sombre ! Lulu devait maintenant faire face à des monstres, à des entités qui venaient l'attaquer dans sa maison. Ces créatures étaient effrayantes si bien que Lulu n'avait plus le choix, il devait fuir et chercher à éviter à son tour ses propres peurs. 
Il prit son élan et se précipita par la fenêtre (drôle de manière de faire, n'est-ce-pas ?!). 
L'aventure l'amena jusqu'à une petite fille au corps mutilé, "à la peau de porcelaine fissurée comme un vase rempli d'eau qui se brise". 
Tous deux avaient des "fuites" qu'ils arriveraient peut-être - ensemble - à combler sur toute une vie. Enfin, nous pourrions dire que le petit Lulu était en pleine métamorphose de l'âme. Son esprit, lui, était-il complètement parti ? Avait-il sombré dans une sorte de folie ? Je ne saurais vous dire...

© Fabrice Backes, Eds Des Ronds dans l'O.

Cet album fait référence aux contes classiques d'Alice au pays des merveilles (Lewis Carroll) et à La Belle aux bois dormants (Charles Perrault), adaptés par les studios Walt Disney. 
Cruauté et tendresse, poésie macabre de Ludovic Huart, La monstrueuse histoire d'un petit garçon moche et d'une petite fille vraiment très laide est un livre à lire dans la mouvance des contes noirs pour adultes. Auprès des enfants, cette lecture ne peut se faire sans guide, le texte évoquant aussi bien la mélancolie, que la peur du noir, de la différence ou l'angoisse d'abandon, la fascination esthétique, la force des apparences, la culpabilité, etc. 
Nous aurions presque besoin d'en faire une "analyse" plus psychanalytique tellement ce texte interroge. 

Les illustrations décuplent cette ambiance d'épouvante face à un personnage stoïque et en même temps complètement apeuré. C'est dire si le duo artistique fonctionne parfaitement ! Tout le talent de Fabrice Backes est lui aussi ici "monstrueusement" renforcé s'inscrivant dans la lignée de Tim Burton (par exemple avec son livre La Triste Fin du petit Enfant Huître et Autres histoires, 1999) et d'Allan Poe.

Un album qui traite donc de l'idée du cauchemar de manière néanmoins amusante. Au final, l'enfant réussi à vivre seul et abandonné de tous. Si vous aimez cette histoire, vous ne pourrez plus faire l'impasse sur les créations de ces deux artistes.

* Mes plus sincères remerciements à Marie Moinard pour toute sa confiance *


Ludovic Huart est auteur de récits fantastiques. Né au début des années 1980, il a fait des études de théâtre à l'Université d'Aix-en-Provence. En 2003, il fonde le théâtre des Mots dits à Charleville-Mézières. Commence alors la recherche vers l'écriture scénique. En 2009, il a publié un conte apocalyptique aux éditions Alna, depuis il se consacre à l'écriture pour la jeunesse. Son album aux éditions Des ronds dans l'O a été mis en scène lors du Festival mondial des théâtres de Marionnettes à Charleville-Mézières. 
Son nouvel album La funeste nuit d’un loup en peluche qui ne devait plus murmurer à l’oreille des enfants (http://www.lafunestenuit.com) dont la sortie est prévue pour janvier 2011 aux éditions Des Vilains Gamins va également être adapté et joué sur les planches. Vous pouvez consulter la bande annonce du livre sur le lien suivant : http://vimeo.com/17813941

http://ludovichuart.wordpress.com


Fabrice Backes est peintre et illustrateur, né en 1968 à Charleville dans les Ardennes. Il a été décorateur accessoiriste, intermittent du spectacle jusqu'en 2003. Puis durant deux à trois années (jusqu'en 2006), il a reçu une formation en arts appliqués en région parisienne. Vous connaissez sans doute ses créations à travers ses coloriages, ses cartes ou carnets de notes, via le site des éditions La Marelle. Découvrez également ses affiches et tout son talent sur son site, à l'adresse suivante : 

http://www.backsit.com