30 avr. 2011

Le clair-obscur

Le bébé tombé du train - ou quand l'amour d'une 
mère est plus fort que tout
Jo Hoestlandt, Andrée Prigent, Ed. Oskar jeunesse, Coll. "Trimestre", 2011. A partir de 9 ans.

© illustration de Andrée Pringent

Sur la voie ferrée qui se trouvait juste derrière le jardin d'Anatole (âgé de 60 ans), un train passa...
Anatole avait l'habitude de recevoir des objets, des choses inconnues dans son jardin et il n'aimait pas bien être dérangé. Ce jour-là, c'est un bébé qui s'y trouva !!
Bizarrement, jamais personne n'avait été aussi heureux de rencontrer Anatole, il en fut tout ému. Il se dit qu'il vaudrait mieux ramener de suite l'enfant à sa mère mais qui était-elle ? Finalement, il était trop bien avec le bébé pour imaginer pouvoir s'en séparer. Le regard de cet enfant posé sur lui faisait naître un sentiment étrange, il ne se sentait plus seul ; quel changement ! quel bien-être ! Le vieil homme devint dès lors hyper-actif. Il répara le toit, ramona sa cheminée...
Ce bébé tombé du ciel n'avait pas de nom. Les mots tournaient : noms de fruits, d'arbres et de fleurs... curieusement c'est le nom du poète Virgile qui prédomina.
De l'automne on passa ainsi au printemps mais un jour les gendarmes arrivèrent, Anatole désarmé, préféra mentir au sujet de Virgile.
Ce faisant, il aida du mieux qu'il pût Virgile à grandir. Cinq années environ passèrent jusqu'à ce que l'enfant tombe - par hasard - sur sa mère, fatiguée de marcher le long de la voie ferrée.
Anatole fit entrer cette femme dans sa maison sans poser de question...

Un texte fort accompagné d’illustrations en jaune et noir très émouvantes.  Le bébé tombé du train est le second titre de la collection Trimestre qui nous parle ainsi d'une rencontre et du partage des liens avec toutes les questions que cela pose et l'ambivalence des relations. La fin est pleine de sens et d'amour. A mettre entre toutes les mains.

Je remercie de nouveau Thierry Lenain et les éditions Oskar Jeunesse pour cette sympathique collaboration.

Jo Hoestlandt est née en 1948 et vit à Rueil-Malmaison. Après des études de Lettres à Paris, elle enseigne la littérature pendant trois ans avant de se consacrer à l'écriture presse et édition. Elle a créé et anime des ateliers de lecture et d'écriture pour les enfants. Jo Hoestlandt publie entre autres chez Actes Sud, Syros, Casterman, Bayard, Nathan et Thierry Magnier. Elle a reçu de nombreux prix dont deux fois le Prix Chronos, et le grand prix de Bologne pour son album La grande peur sous les étoiles (Syros). Elle signe ici son premier livre aux éditions Oskar.

Andrée Prigent est née en 1963 à Brest. Elle a étudié la peinture et la gravure aux Beaux-Arts de Rennes où elle vit. Auteur-illustratrice pour Didier jeunesse, Rue du monde, Nathan et Magnard, elle navigue entre l’édition, la presse, la papeterie (Nouvelles images), le dessin publicitaire, la création textile (La Redoute, les magasins Fly...) et tout récemment, la conception de masques en carton (Mitik). Elle a choisi d'utiliser la linographie pour ses illustrations. 

Récit biblique de l’origine des langues

La tour de Babel, Francine Vidal, Elodie Nouhen, Ed. Didier Jeunesse, Coll. "La terre nourrit tout", 2007. A partir de 7 ans.



Avec ses mots savoureux, la conteuse Francine Vidal invite petits et grands à une relecture de La tour de Babel : un récit issu de la Genèse qui n'est pas seulement celui d'un projet orgueilleux des hommes punis par la main de Dieu, mais bel et bien celui d'une véritable providence...
© illustration d'Elodie Nouhen

On raconte qu'au tout début du monde, nous parlions tous la même langue. Les hommes n'avaient qu'un seul et unique langage. Mais il y eu un roi très puissant, tellement orgueilleux, tellement prétentieux qu'il se faisait aqppeler le Roi-Dieu. C'était Nemrod. Il était roi de Babel, la fameuse ville de Babylone.

Le texte use d'une typographie et d'écritures différentes, chinois, arabe, espagnol... que de belles lettres pour une belle fable contée à travers le format rectangulaire de l'album. Les illustrations dont le vert domine, sont grandioses, vertigineuses, elles englobent des couleurs naturelles et profondes, légèrement sombres. Tout y est pour nous mettre dans l'ambiance et nous faire partager cette aventure du monde (diversité du graphisme, impression d'immensité, petits hommes travailleurs, etc.). Cette version de la Tour de Babel tient son inspiration du texte biblique ainsi que de l'ouvrage de Louis Ginzberg, Les légendes des Juifs (Ed. du Cerf) et de différents articles sur le sujet, de l'auteur Erri De Luca.
La collection "La terre nourrit tout" aux éditions Didier Jeunesse porte un regard contemporain sur les récits fondateurs de l'humanité, l'album est véritablement fascinant tout comme cette histoire.

Francine Vidal est née en 1974, elle habite en Saône-et-Loire. Passionnée de littérature orale, elle est aussi artiste dramatique et conteuse. Elle a fondé en 2001 la Compagnie Caracol. Elle crée et joue dans différents spectacles en France et à l'étranger.
Elle a publié plusieurs livres depuis 2001, ainsi qu'un album-CD
http://www.compagniecaracol.com/spip/spip.php?article48

Elodie Nouhen est née en 1970. Elle est sortie de l’Ecole supérieure d’arts graphiques de Penninghen, elle travaille désormais en résidence dans un atelier de Montreuil. Elle aime varier les techniques à l’intérieur d’un même album : peinture, collage, grattage, travail de matières comme le tissu, le métal, donnant naissance à des univers colorés et d’une grande finesse. Oeil d'Ailleurs vous a déjà présenté une partie de son travail avec l'album Mon miel, ma douceur, du même éditeur, publié en 2004.


25 avr. 2011

Maladie rare

Tête de lune, Stéfanie James, Lola Pôl, Ed. Le Bonhomme vert, 2010. 
A partir de 7 ans.

Ce livre a été publié avec le soutien de la région Languedoc-Roussillon.

Les autres enfants m'appellent Tête de lune.
Moi, je m'appelle Louise. Pomme de rainette et pomme d'api. Je déroule mon fil de vie. Tapis tapis rouge. Pomme de rainette et pomme d'enfant. Tapis tapis blanc.

© illustration de Lola Pôl

Un matin d’automne, la petite Louise perd tous ses cheveux. Elle va faire un voyage onirique dans le cœur d’une fleur, où elle rencontrera une sorcière qui pète, le Grand Meunier du Monde et la Fileuse du Temps... Au fil des saisons, dans l’univers de l’école, Louise va apprendre à trouver sa place dans le monde. Louise est atteinte d’une maladie appelée la pelade.
Extrait : "C'était un matin. Un matin d'automne. Un matin d'automne comme tous les autres matins d'automne. Dehors, les feuilles tombent des arbres et sur le sol, se forme un grand tapis rouge et jaune. C'était un matin d'automne comme tous les autres matins d'automne, sauf pour Louise. Ce matin-là, Louise a perdu tous ses cheveux. Quand elle s'est réveillée, sur son oreiller, cela faisait comme un grand tapis de boucles brunes."

Tête de lune est un spectacle conté par son auteure Stéfanie James, compagnie Les racines du vent. Voici l'adresse de son site Web :
Stéfanie James : http://www.stefanie-james.com

Lola Pôl s'inspire des arts du spectacle et du monde de l'enfance, avec son cortège d'émotions, de questionnements et ses tentatives de réponses propices à la légende pour créer ses magnifiques illustrations.

L'album propose une adresse de site permettant de se renseigner sur cette maladie : 
www.pelade.chez-alice.fr




Les éditions du Bonhomme Vert m'ont permis de découvrir Tête de lune ainsi que leur travail, je les en remercie.





Partager savoir et sagesse

 Paroles d'arbre - Candomblé, Mylène B.D.J., Eva Kristina Mindszenti, 
Arphivolis Eds (Art média), 2008. Dès 6/7 ans.
Pourquoi Moi ? un si bel arbre ! Pourquoi ces hommes ont ils décidé de bouleverser ma vie ? Et si une autre vie était possible, loin des siens, loin de ses racines... 
© illustration d'Eva Kristina Mindszenti

Une histoire où le Brésil retrouve ses racines africaines, en une douce mélopée. L’arbre est la mémoire vivante et mystérieuse des lieux, jusqu’au jour où les «blancs» en décident autrement... il va raconter son histoire à une voyageuse lors d'un candomblé, une séance rituelle.
Abattu puis transporté par bateau vers les Amériques, il s'échappe et échoue sur une île où vivent des descendants d'esclaves, qui le transforment en atabaque, tambour de guerre de Bahia utilisé pour le candomblé. Il trouvera ainsi une seconde vie, un message d'espoir en somme.

Le texte de Mylène Girard Baptista nous permet d’aborder en seconde lecture, l’histoire de l’esclavage. Ce livre parle aussi de musique et de traditions, il est riche en descriptions (vous verrez). Proche du roman, il est découpé en 5 chapitres bien rythmés. Les illustrations à l'encre noire viennent renforcer l'imaginaire du lecteur et amènent à rêver en poésie.


Oeil d'Ailleurs remercie les éditions Arphivolis (http://arphilvolis.hautetfort.com) qui m'ont permis de découvrir la collection "Bouts de soi" et l'auteure Mylène Girard Baptista, dont voici l'adresse de son site Web :
http://mylenebdj.hautetfort.com

"Mylène Baptista de Jesus" a découvert pour la première fois le Brésil en 1980, à l'age de 19 ans. Après un séjour de sept mois, retour à Bordeaux où elle participe à des ateliers de  théâtre. C'est de la volonté de travailler le rôle de conteur qu'est né son premier conte : Paroles d'arbre, candomblé. Des lectures contées accompagnées d'instruments traditionnels ont été réalisées par la suite. Plusieurs séjours, principalement dans le Nord-Est donnent la matière qui est travaillée ensuite pour nourrir ses contes.

Eva Kristina Mindszenti est aussi l’auteur du roman « Les inattendus » paru chez Gallimard en 2007. Aux éditions 
Arphivolis, retrouvez deux de ses ouvrages, au texte et pour les illustrations : L'aventure Kutyu, l'aventure ! et Phénoménal Kutyu.

24 avr. 2011

Déni de grossesse

Angie M., Rascal, Alfred, Ed. L’Edune, Coll. "Empreinte", 2010. 
A partir de 11 ans.
Ouvrage publié avec le concours du Centre National du Livre
L’inspecteur Bufka savait deux ou trois choses d’Angie Monde. De celles que l’on glane trop facilement auprès des professeurs, copains, copines, famille et voisinage proche. Personne n’avait rien vu. Personne n’avait rien compris. Elle si jeune, si douce et si jolie. Comment avait-elle pu ? Étienne Bufka savait qu’Angie Monde ne lui parlerait pas. C’était trop tôt, ou trop tard.
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© illustration d'Alfred

Chambre 612, Angie M. interrogée par l'inspecteur Bufka se remémore sa rencontre avec Marc, en trois actes ; entracte compris. Comment cela a-t-il bien pu lui arriver ? Elle ne pouvait pas être enceinte et elle ne le serait pas. A la une des plus grands journaux, elle restait sans voix... Arrêtée au cinéma, le bébé dans son sac, le sang qui coulait le long de ses jambes, elle n'avait pas du tout conscience de ce qui se passait. 
Rascal nous raconte un déni de grossesse depuis l'hôpital, l'accouchement et l'effroi de cette jeune fille d'à peine 15 ans et des adultes autour.
Ce livre qui peut être lu comme un roman, comme une bande dessinée ou en tant qu'album ne vous laissera pas indifférent, il est sombre et vraiment poignant.

Rascal est le pseudonyme de Pascal Nottet, auteur né le 24 juillet 1959 à Namur, un billet à son sujet vous a déjà été présenté sur ce blog : 
http://oeildailleurs.blogspot.com/2010/10/preparons-lhiver.html


Alfred dessinateur de BD né en 1976. Veuillez consulter un autre de ses livres illustrés et présenté sur le blog Oeil d'Ailleurs : 
- http://oeildailleurs.blogspot.com/2010/07/genealogie-besoin-de-culture-et.html

Etoffes à gogo...

Y'a des hauts y'a des bas, Françoise Laurent, Bertrand Dubois, Editions du Richochet, Coll. "Les Alizés", 2011. 
A partir de 8 ans.

"Il était une fois une robe de soie
qui pleurait dans le noir, tout au fond de l'armoire.
Mais pourquoi ces sanglots ? s'étonna le manteau
suspendu à côté de ce chagrin mouillé…"
A chaque saison, à chaque occasion, par tous les temps, un vêtement correspond au bon moment !

© illustration de Bertrand Dubois

Ce recueil de 14 poèmes explore la palette de nos sentiments à travers l'humeur de nos vêtements. Les illustrations sont réalisées à la peinture, rehaussées de pastel et de crayon, ce qui crée une ambiance colorée, chaleureuse et gaie. 
A lire à n'importe quel moment de la journée, la table des matières à la fin de l'ouvrage, constituant une précieuse aide pour s'y retrouver ensuite entre les photos de famille (des pantalons et bermudas au fond de la penderie), les habits de tous les pays (boubou africain, trench coat d'Angleterre et redingote...), le petit pied hésitant (devant les mocassins en daim ou les botillons marrons) et les potins à lingerie ou autre rêverie du bonnet à pompon...

© illustration de Bertrand Dubois

Françoise Laurent, auteure pour adultes (romans policiers) et pour les enfants, vous a déjà été présentée sur ce blog à travers l'album La Colère d'Albert. Institutrice, elle anime régulièrement des ateliers d'écriture et se déplace volontiers pour participer à des salons.

Bertrand Dubois, est un illustrateur, formé à l'Ecole de communication visuelle, il travaille régulièrement pour la presse (Elle, Nouvel Observateur) et pour l'édition jeunesse. Y'a des hauts y'a des bas est son premier album au Ricochet.




6 avr. 2011

Exode, guerre et renouveau

 Les chaussures, Gigi Bigot, Pépito Matéo, Isabelle Chatellard (ill.), Ed. Didier Jeunesse, 2010. Dès 7 ans.

«Elles étaient perdues. Perdues dans les rues d’une ville sans nom. Toutes recroquevillées dans la neige et le froid de l’hiver…. Deux chaussures de petite taille qui ne voulaient plus avancer.» Cette histoire délicate qui retrace la destinée d’une enfant est racontée du point de vue d'une paire de chaussures exclue, obligée de se cacher, puis jetée dans un fossé. On ne peut s'empêcher de penser à la Shoah, et à l'innommable. L'espoir reste présent. Car très vite, au sortir des épreuves, l’histoire bascule du côté de la vie et les chaussures, émues par le chant d’un oiseau, finissent par danser à nouveau…
  
© illustration d'Isabelle Chatellard

Voici un récit tragique sur fond d'illustrations sobres autant que sombres. Il évoque la guerre, la persécution, l'exode et la peur. L'illustratrice I. Chatellard a mis en scène des sentiments à partir d'un point de vue atypique (celui des chaussures). Ce qui saute aux yeux reste ses perspectives plongeantes et écrasantes qui rendent la fillette fragile, perdue et seule dans un décor menaçant, suggérant la présence de l'assaillant. Le paysage est enneigé, la ville est déserte, quelques touches de couleurs sont distillées ici et là, dans les chaussures (rouges), à travers l'oiseau ou encore les cerisiers en fleur... dans un noir et un gris ambiants. Le dessin s'apaise au fur et à mesure de l'histoire, la petite fille retrouve la joie de vivre.

© illustration d'Isabelle Chatellard

Gigi Bigot et Pépito Matéo (les auteurs)
Enseignante en Bretagne auprès d'enfants autistes et psychotiques, Gigi Bigot conduit des ateliers thérapeutiques autour du conte. Elle devient conteuse professionnelle en 1992 et crée des spectacles jeune public et adultes.
Pépito Matéo est quant à lui auteur, comédien et metteur en scène. Parallèlement, il enseigne l'art du conte à l'université Paris VIII. Jongleur de mots, conteur d'histoires, il travaille sur le collectage urbain, participe à de nombreux festivals en France et à l'étranger et mène des ateliers de formation. Déjà publié chez Didier Jeunesse : Bouche cousue.

Isabelle Chatellard travaille dans la presse, le dessin animé ou utilise ses doigts de fée pour décorer des vitrines. Elle a créé un univers très personnel, où les cadrages et les perspectives atypiques délimitent des espaces oniriques. Les couleurs et les motifs de ses étoffes chatoyantes, ses ciels qui s'ouvrent immensément, son trait anguleux et précis sont autant de traces de sa poésie intime.
Isabelle Chatellard née en 1970, elle habite à Lyon. Déjà publiés chez Didier Jeunesse : Le Petit Poucet, La complainte du phoque en Alaska...

Vénéneuse et fatale...

 Pam, vilaine plante, Paula Fernandez, Poly Bernatene, 
Ed. Chocolat ! Jeunesse, 2011. A partir de 4 ans.

Bienvenue au fond du marais !
Permettez que je me présente :
On m’appelle Pam, et c’est vrai,
je suis une vilaine plante
”.

Séduisante, fatale, vénéneuse et vorace, Pam est une plante carnivore. Peu de créatures trouvent grâce à ses yeux - mouches, vers, criquets, crapauds, rats, font son régal - son appétit reste son meilleur conseiller. Dès lors, on hésiterait presque à retirer nos mains du livre, de crainte d’y laisser un doigt ! Avec son graphisme décalé et poétique, ses quatrains aux accents baroques, elle est une méchante comme on les adore, latine, cruelle et haute en couleurs dans un univers sombre et fantasque. 

© illustration de Poly Bernatene
Extrait : "Dans la rosée je prends mon bain ; ma toilette dure longtemps.
Mes feuilles me servent de mains, avec soin je brosse mes dents.
Elles sont d'un blanc éclatant...
De crainte qu'elles ne s'ennuient, j'offre un petit ver innocent, à leur très tranchant appétit."
© illustration de Poly Bernatene 

Un album riche en rebondissements, proche de Va-t'en grand monstre vert ! et surtout de Va-t'en vilaine bébête d'Ed Emberley et E. Duval. L'enfant s'y retrouvera facilement entre grands rires et petites frayeurs.

Paula Fernandez est designer diplômée de l'École de design de Buenos Aires, elle enseigne également l’histoire des arts depuis de nombreuses années. Attirée par la littérature jeunesse, elle signe en 2009 “Malena, une mouche pas comme les autres”, livre déclaré d'intérêt culturel par la Chambre des députés argentine.

Poly Bernatene est né en 1972, diplômé de l'Ecole d'Art de Buenos Aires. Il a publié plus de soixante livres jeunesse en Argentine, au Mexique, en Espagne, au Royaume-Uni, en Australie, au Danemark, à Taiwan et aux États-Unis. Vous pouvez consulter son blog à l'adresse suivante :
http://poly-bernatene.blogspot.com

3 avr. 2011

De la réalité et de l'imaginaire

 Les mille vies de Valentin, Thierry Cazals, Julia Chausson, 
Ed. du Jasmin, 2010. A partir de 9/10 ans.

Valentin voudrait avoir mille vies pour être clown, chercheur d’or, cosmonaute ou champion du monde de basket… Car la vie de Valentin est triste : son père l’oublie pour dessiner de jolis animaux dans les livres pour enfants.
  Avec un dictionnaire pour seul compagnon, c’est mille aventures que Valentin va vivre en rencontrant des personnages extraordinaires, comme le cow-boy dompteur d’arcs-en-ciel ou l’araignée mangeuse de rêves
 
 © illustration de Julia Chausson
Extrait : "Moi, je dois me contenter du dos de mon père : un mur infranchissable contre lequel mes questions n'en finissent pas de s'écraser."

 © illustration de Julia Chausson

Valentin habite seul avec son père, illustrateur de livres pour enfants. Ils sont au 5ème étage d'un banal immeuble de banlieue. Ce garçon s'invente histoires sur histoires. Un jour, un cow-boy sort du dictionnaire, les deux vont attraper un arc-en-ciel pourtant, le garçon culpabilise à la vue de cette captivité bien triste. Dès lors, il accuse les mots "pointus et tranchants" comme des "poignards" retrouvés dans son dictionnaire, coupables selon lui, de cette situation. Valentin prend la fuite mais s'enlise  dans les marais. Là, il rencontre un crocodile, sans dent, sans griffe, douillé et craintifMonstre fragile et vulnérable, le petit garçon lui donne la définition du mot "crocodile" retrouvée dans son dictionnaire. Le crocodile se met alors à vagir, à pleurnicher... inondant tout autour de lui ! D'aventures en aventuresles apparitions se succèdent sans transition, sans même une explication. Soudain, l'enfant se remémore son anniversaire, lorsqu'il a reçu ce dictionnaire, et lorsque sa maman sauta du 5ème étage. Et ce père, froid, strict et obsédé de travail.  
Oui, Valentin s'invente des vies, des rencontres et des histoires étranges. D'ailleurs, il fait une sorte de transfert à propos de sa mère, imaginée sous la forme d'une araignée... ça fait plusieurs mois déjà qu'il vit dans une sorte de fiction, dans un monde virtuel où seules les images ont droit de cité. 
Il dit : "J'ai beau changer en permanence de costumes et de rôles, changer de corps et de décors à volonté, je me sens toujours aussi creux et inconsistant."  
Comme son père (illustrateur), Valentin a besoin d'images pour exister. "C'est bien connu, les enfants sages ont besoin de jolies images qui les aident à s'endormir quand tout devient noir." Et pourtant - justement - son père a toujours tout fait pour lui rappeler que seule la réalité comptait
Valentin voit double, il sort de son propre corps pour s'imaginer meilleur qu'il ne l'est ; allant jusqu'à "réparer" son papa. A ce moment-là, Valentin fait la paix avec lui-même et se découvre sous un nouveau jour. Il repense au départ de sa mère mais l'imagine tout autrement. Elle serait juste partie parce qu'elle n'aimait plus son père...
En fait, Valentin ne comprendra jamais pourquoi elle n'est tout simplement plus là. La question se pose : Peut-on vraiment vivre sans rêves ?  

Les illustrations de Julia Chausson (en pleine page) viennent accentuer le côté onirique de ce petit roman formidablement écrit par Thierry Cazals. A la fois histoire fantastique, récit initiatique et conte philosophique, ce livre est à mettre entre toutes les mains ! 
Une belle découverte. Je remercie à ce titre les Editions du Jasmin pour cette première collaboration.


Thierry Cazals Cf. billet du 30 mars 2011 : "Un éléphant au paradis".

Julia Chausson vit et travaille à Paris, où elle est née. Diplômée de scénographie à l'Ecole des Arts Décoratifs de Paris et formée à la gravure dans l'atelier de Françoise Roy à l'ENSAD, puis celui d'Alain Cazalis à l'école des Arts appliqués Duperré. Elle illustre pour la presse adulte et enfant et pour l'édition jeunesse. Ses gravures ont été sélectionnées et exposées à Bologne en 2007 et 2008.