11 juil. 2011

Une rencontre tendre et timide

Ourse rouge et ours vert, Satoshi Iriyama, Ed. Tourbillon, 2010.
Dès 2 ans.

Traduction de Quentin Le Goff

Les ours verts mangent des légumes verts et boivent du jus de melon vert alors que les ourses rouges mangent des fraises et boivent du jus de groseille... Impossible donc pour un ours vert de monter dans un bus rouge !! A chacun ses habitudes. Mais arriveront-ils à devenir complémentaires ?

© illustration de Satoshi Iriyama

L'histoire est simple et la rencontre des deux personnages va se faire progressivement, au gré des saisons que l'on voit défiler (l'automne, l'hiver, le printemps, l'été et de nouveau, l'hiver).
Et puis, « Un jour, Ourse rouge invita ours vert à dîner. Ils discutèrent pendant des heures sans s’apercevoir que la nuit était tombée »… Dans une ambiance douce et feutrée, ils s'installèrent ensemble, goûtèrent aux joies du partage et de l'amour (même dans la différence).
Enfin, une nuit, « ils accueillirent dans leur maison rouge et verte, un petit être tout blanc ».

Ce livre est un bel objet aux pages très fines, légèrement transparentes, aux couleurs vibrantes pour un graphisme aux effets crayonnés, pastels, au fusain, avec un papier granuleux.

La suite de cet album a été publiée en janvier 2011 sous le titre de Petit ours blanc a un an (du même éditeur).

Satoshi Iriyama est auteure de jeunesse, elle a également publié aux éditions Milan Jeunesse : Au dodo maintenant ! (2010).

4 juil. 2011

L'inachevé d'un parcours d'artiste

Comment je suis devenu Marc Chagall, Bimba Landmann, 
Grasset-Jeunesse, Coll. "Lecteurs en herbe", 2006. A partir de 7 ans.

Traduction et adaptation de Juliette Valléry.

Peut-être vous demanderez-vous pourquoi j'ai peint des chèvres et des poissons volants, des violonistes au visage vert perchés sur les toits, des maisons qui flottent dans le ciel, à l'envers, des amoureux qui volent au-dessus de la ville... J'ai peint mon monde, ma vie, ce quej'ai vu et ce dontj'ai rêvé, lorsque, encore, je m'appelais Moshe Segal. Qui sait, là-haut, les étoiles pouvaient peut-être déjà voir toute ma vie dessinée sur terre comme un grand tableau de Marc Chagall...
© illustration de Bimba Landmann

Devenu l'un des plus grands artistes du XXe siècle, c'est à l'école que pour la première fois Chagall (1887-1985) a touché son rêve du bout des doigts. L'artiste depuis peint son monde, sa vie et sa Russie bien-aimée. 
Né dans un quartier juif plutôt pauvre, son existence semble d'abord marquée par la religion et ses traditions culturelles - l'ambiance festive et dorée présente dans cet album l'atteste. 
Chez lui, personne ne s'intéressait à sa peinture. Seul et avec peu de moyens financiers, à St-Pétersbourg, il intégra une école d'arts mais pas tout à fait celle qu'il souhaitait. 
Alors inspiré par Andreï Rublev, moine et peintre d'icônes russes du XVe siècle, la solution à ses problèmes arriva comme par miracle lorsqu'un jour il fut jeté en prison, n'ayant pas ses papiers sur lui. La prison, le seul endroit où il pouvait enfin dessiner tranquillement ! Il n'y resta que deux semaines, à son plus grand regret. 

Sa petite amie nommée Bella était son modèle favori mais de l'angoisse de ne rien pouvoir lui offrir et de peur de la perdre peut-être, le jour où il comprit que sa peinture devait voler librement, il quitta sa ville en direction de Paris. Il abandonna tout autour de lui pour mieux revenir ensuite pensait-il. 
Dans la capitale, il habitait une maison d'artistes au sein de laquelle Brancusi frappait le marbre, où Modigliani peignait, accompagné de Guillaume Apollinaire et de ses poèmes... 
Mais à cette période, il ne parvenait toujours pas à vendre ses tableaux.

L'exil était sa vie puis, la guerre, où il enseigna aux orphelins.
C'est grâce à son ami Blaise Cendrars (l'écrivain suisse) qu'en France, entre deux guerres, il sera reconnu pour son art ; sa femme étant de nouveau à ses côtés. Puis, la seconde guerre mondiale éclata, il trouva refuge au Musée d'art moderne de New York, nouvel exil... 
Après la guerre, un musée s'est ouvert à Nice (un clic sur le titre de ce message pour y accéder directement) exposant ses tableaux, vitraux, ses mosaïques et décorations dont celle du plafond de l'Opéra de Paris.

Les couleurs primaires prédominent dans ses toiles ainsi que le vert. Bimba Landmann au texte et aux illustrations a reconstruit un univers créatif, spirituel voire un peu nostalgique, celui du maître Chagall ! Elle utilise des petits objets, la peinture, le collage, les végétaux, les tissus et différents matériaux pour ce faire. Ses personnages ressemblent à des marionnettes sans fils, elles sont aériennes autant que les toiles du peintre.
Ce récit librement inspiré de Ma vie, de Marc Chagall comporte en fin d'album une biographie de l'artiste sur deux pages.
Si vous aimez l'art, c'est un album idéal pour partager cette passion avec vos enfants !
© illustration de Bimba Landmann

Bimba Landmann est née en 1968 à Milan. Elle a suivi des cours d'art à Milan et à Brera. Aujourd'hui illustratrice, en 2000 elle a aussi publié un autre album sur un peintre (Léonard de Vinci) aux éditions Bilboquet.
Son site Web : http://www.bimbalandmann.com

1 juil. 2011

Une soeur à la rencontre de son petit frère !

Le ventre de ma maman : Toi dedans, moi devant
Jo Witek, Christine Roussey, 
De La Martinière Jeunesse, 2011. A partir de 3 ans.

« Toi tu es dedans. Dans le ventre de maman. Moi je suis dehors. Devant le ventre de maman. Je t'attends. »

© illustration de Christine Roussey


Neuf mois à attendre c'est long pour une grande soeur ! La fillette se demande bien ce qu'il se passe dans le ventre de sa maman... Enfin, ce n'est pas grave, ça ne va pas l'empêcher de prendre soin de ce bébé, son petit frère. Quels instants magiques pour elle ! Une maman qui mange pour deux, un petit corps qui baigne dans une eau chaude et douce, un être sans prénom qui reste dans le noir... parfois, il donne un petit coup de pied. Puis, c'est le grand jour. Enfin ! La petite fille se fait toute belle pour l'accueillir et voici qu'une nouvelle vie de famille commence à quatre.

"Oui, c'est un immense bonheur d'être enfin ta grande soeur !"

© illustration de Christine Roussey

Les illustrations sur quatre tons : le blanc, le noir, le bleu ciel et le rose vont à l'essentiel avec une petite touche d'humour, elles semblent s'adresser directement aux enfants qui participent d'ailleurs à l'histoire en soulevant à chaque page un petit volet. Derrière la petite fenêtre : un bébé qui se développe.
Je ne connaissais pas l'auteure Jo Witek, sa plume est claire, tendre et vivante. Le texte en dit suffisamment pour échanger avec les petits autour de la naissance et de la relation soeur-frère. 
Mais au fait, comment s'appelle ce petit bonhomme ? Nous attendons la suite ;-)

© illustration de Christine Roussey

Jo Witek est née en 1968 à Puteaux, elle est l'auteure de récits, de nouvelles et de livres pour enfants. Elle habite désormais dans l'Hérault avec ses deux enfants et son mari. Elle a également travaillé comme journaliste et en tant que scénariste au cinéma.

Christine Roussey habite et travaille à Bagnolet. Elle a illustré Mon poney Club à toucher aux éditions Milan (2010) et plusieurs documentaires dans la série Mes inoubliables chasses au trésor.
Son site : http://www.christineroussey.com

Paroles de chercheurs

L'arbre de la vie : ou la vie de Charles Darwin, Peter SIS, 
Grasset Jeunesse, 2004. A partir de 7 ans.

Traduit de l'anglais par Alice Marchand

© illustration de Peter Sis

Tout a commencé à Shrewsbury en Angleterre, le 12 février 1809... Charles Robert Darwin vient de naître ! 
De père médecin, de mère décédée lorsqu'il avait 8 ans, il va rejoindre son frère Erasmus au  pensionnat à l'âge de 9 ans. 
Le Dr Darwin veut que Charles devienne comme lui et son grand-père : médecin, il va donc rejoindre la grande ville d'Edimbourg pour ce faire. Mais Charles préfère les sciences naturelles : la géologie, la zoologie, la botanique. Il quittera cette ville 2 ans plus tard, âgé de 18 ans. 
Son père trouve alors une autre solution, il sera Pasteur et décide de l'envoyer à la Christ's College de l'Université de Cambridge. Toujours peu intéressé par ses études, il continue à monter à cheval et se passionne pour les collections d'insectes. Charles veut être naturaliste. C'est à cette période qu'il va rencontrer des professeurs de botanique et de géologie. Il accompagnera d'ailleurs l'un d'entre eux lors d'une excursion au pays de Galles. Ensuite, on lui proposera de participer au voyage du Beagle pour soutenir une mission de cartographie au sud du continent américain. Dès lors, il fallait convaincre son père... 
En 1831, il embarque comme il peut, au sein d'un navire de la marine britannique, le Beagle ! Ils vont traverser les îles Canaries, le Brésil, l'Equateur, l'Océan Indien, l'Australie, les Iles Galapagos... C'est là que Charles Darwin va commencer à faire des fiches sur toutes les espèces animales et végétales qu'il découvre. 
A la manière d'un ethnologue, il va observer, enquêter et retranscrire ces "aventures" dans les moindres détails. Ce fut de loin l'évènement le plus important de sa vie !
A son retour, déjà considéré comme l'un des plus jeunes et prometteurs des géologues anglais, dans le plus grand secret, il va commencer à analyser les éléments dont il dispose.

L'album parle également des autres chercheurs dont Charles Lyell, Joseph Dalton Hooker ou encore John Gould. Darwin devient membre des clubs et sociétés scientifiques les plus prestigieux. 
Approchant la trentaine, il décide de se marier à Emma Wedgwood, il perd son 3ème enfant puis son 4ème, une fille. Accablé de chagrin, c'est dans ces conditions qu'il va publier ses travaux. Son travail devra être interrompu pour cause d'une (longue) maladie. Suivra ensuite celle de sa fille préférée, Annie, qui en mourra âgée de 10 ans.
Darwin se met à élever des pigeons, il cherche des arguments pour soutenir sa théorie sur l'adaptation à l'environnement et sur la sélection naturelle. Là, un autre de ses enfants, son fils, meurt de la scarlatine.
Darwin n'a pas inventé la théorie de l'évolution mais sa contribution sur la théorie de la sélection naturelle est fondamentale. Darwin bénéficie du soutien de ses pères. Il meurt en 1882.

Les citations et informations présentes dans cet album proviennent de l'autobiographie de Darwin, de sa correspondance et de la première édition de L'Origine des espèces. Un long travail donc pour l'auteur Peter Sis qui vous a déjà été présenté sur ce blog (http://oeildailleurs.blogspot.com/2007/12/peter-sis.html).

Peter Sis, un amoureux de voyages, explorateur dans l'âme, était sans doute le mieux placé pour se lancer dans l'écriture et la mise en images de ce type de projet. 
Ses illustrations sont fines, détaillées, bien adaptées à la période concernée et à l'univers des scientifiques d'hier. Disons-le clairement : Peter Sis est le "Roi" de l'intertextualité. 
Minutieux et atypique, je ne vous cache pas qu'il est l'un des artistes de littérature de jeunesse que je préfère à ce jour. Son imagination est grouillante mais néanmoins organisée avec finesse et beaucoup de rigueur. Les sujets dont il traite sont toujours difficiles sinon dérangeants. Préoccupé par la différence, il a lui-même le mérite d'apporter un regard tout autre sur certains évènements. Les livres, avec lui, deviennent des oeuvres d'art à voir et à savourer à tous les âges de la vie.


© illustration de Peter Sis

Le site de Peter Sis : http://www.petersis.com